Relecture

Ils ne se passe pas grand-chose dans les nouvelles d’Emmanuel Bove. Tout est dans ce « presque rien » des vies médiocres à peine ratées et des rêves qui retombent dans l’indifférence générale. L’univers de l’écrivain n’est pas particulièrement sinistre ou désespéré. Rien dans ses récits n’est exagéré ou caricaturé ; le trait est précis, d’une troublante exactitude. Dans la dernière nouvelle que j’ai lue, un bourgeois de province doit louer une de ses maisons à une jeune parisienne un peu bohème venue se retirer pendant un an pour peindre. Le notaire qui gère les biens du propriétaire l’incite à louer à la jeune femme même si celle-ci a un genre un peu « artiste » qui s’écarte du conformisme local. Le propriétaire la trouve assez séduisante mais il s’inquiète : cette personne un peu bizarre va-t-elle poser des problèmes de paiement ? Lors de la réunion de signature, il lui demande si elle a des relations susceptibles de l’aider à payer le loyer si cela s’avérait nécessaire. L’étroitesse d’esprit du personnage est assez représentative de l’univers bovien. On peut toujours croiser des personnes semblables. Il faut croire que ni la bourgeoisie ni la province n’ont vraiment changé. C’est d’ailleurs ce qui fait le charme des nouvelles de Bove : elles sont toujours d’actualité.

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La musique que j’aime

Libération, édition du 12 juin 2021

Robert Palmer, Deep Blues. Trad. de l’anglais par Olivier Borr et Dario Rudy. Allia, 448 p., 25 €

Et aussi une recension dans En attendant Nadeau où l’on peut lire ceci : « Deep Blues n’est donc pas seulement un livre essentiel sur une musique qui nous accompagne encore. Lu dans la France de 2020, il pose un immense point d’interrogation devant les visages multiples du blues, musique du diable et des vrais chrétiens, musique des Noirs états-uniens et synapse infatigable entre tant de communautés et de mondes, musique sophistiquée et brutale, de virtuoses badins et d’analphabètes géniaux. Musique qui, dans son élan jamais démenti, interpelle un imaginaire sonore français peinant à embrasser les créations populaires, d’où qu’elles viennent. Même quand elles viennent de là. Quand elles viennent du blues. »

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Rions un peu

Un exemple de ce qu’on appelle un biais de confirmation :

Lie Tseu, Traité du vide parfait

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Bretzel liquide !

En hommage à Nikita Mandryka qui vient de nous quitter, quelques extraits de la bibliothèque du GFIV.

L’été a mis longtemps pour arriver jusqu’ici, en Bretagne ; mais cette fois on y est. La lumière du soleil a été brutalement assombrie hier par l’annonce de la mort de Nikita Mandryka. Il représentait beaucoup de choses pour beaucoup de gens de ma génération. D’abord l’enfance avec les aventures du Concombre masqué dans Pif puis dans Pilote. Le moment excitant de adolescence avec L’écho des Savanes, notre underground à nous avec sa libération crumbienne à la française. Mandryka nous a surtout fait découvrir l’humour absurde, le fameux nonsens à la Lewis Carroll. Cette perturbation hilarante de la logique et du langage a exercé une grande influence sur nos jeunes esprits. Comme les vieux rockers évoqués ici précédemment, Mandryka est resté actif jusqu’au bout, poursuivant sans relâche les aventures philosophiques de son héros.

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Relecture

Les textes courts de Brautigan ont cette petite musique mélancolico-fataliste qui leur donne un charme indéfinissable. Brautigan a inventé une forme libre avec ces textes qui trouvent leur origine dans un souvenir, une rêverie ou une réflexion sur un aspect de l’existence en Amérique vers le milieu de XXème siècle. On peut les appeler des poèmes en prose. En voici un que j’ai lu l’autre jour dans la voiture. Il s’appelle (de mémoire), « Les femmes, lorsqu’elles s’habillent le matin ».

Richard Brautigan, La vengeance de la pelouse

PS : je viens de voir que le livre était ressorti (avec une couverture qui ne peut pas rivaliser). Il figure même dans une liste des « poches de l’été » dans je ne sais plus quel journal.

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Sunday song

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Citation

Parti d’une invention pure et simple, je crois bien que Côme en était arrivé, par voie d’approximations successives, à une relation presque entièrement véridique des faits. Il réussit à s’y tenir deux ou trois fois ; puis, les Ombreusiens ne se lassant jamais d’entendre son récit, des auditeurs toujours plus nombreux s’ajoutant aux premiers et tous exigeant d’une fois à l’autre des détails supplémentaires, il fut amené à faire des additions, des gnoses, des hyperboles, à introduire de nouveaux personnages, de nouveaux épisodes, et l’histoire, en se déformant, finit par devenir encore plus fausse qu’au début.

Italo Calvino, Le baron perché

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L’autre gifle

Le Conseil d’Etat juge illégal le recours à la « technique des nasses » par les forces de l’ordre lors des manifestations

Le Conseil d’Etat a annulé, jeudi 10 juin, quatre dispositions phares du schéma national de maintien de l’ordre sur lequel il avait été saisi par plusieurs syndicats et associations. Parmi elles, la très sensible « technique des nasses », utilisées pour encercler des groupes de manifestants.

Le ministère de l’intérieur a publié le 16 septembre 2020 le nouveau « schéma national du maintien de l’ordre » censé « adapter » la gestion des manifestations en France. Dans la foulée, plusieurs syndicats et associations, dont la Confédération générale du travail (CGT), la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature ou encore le Syndicat national des journalistes, avaient saisi le Conseil d’Etat, qui est la plus haute juridiction administrative.

S’agissant de la presse, l’instance considère que les journalistes « n’ont pas à quitter les lieux lorsqu’un attroupement est dispersé » et qu’ils n’ont pas « l’obligation d’obéir aux ordres de dispersion » des forces de l’ordre. « Les journalistes doivent pouvoir continuer d’exercer librement leur mission d’information, même lors de la dispersion d’un attroupement. » « Ils ne peuvent donc être tenus de quitter les lieux, dès lors qu’ils se placent de telle sorte qu’ils ne puissent être confondus avec les manifestants ou faire obstacle à l’action des forces de l’ordre », ajoute le Conseil d’Etat.

Les « sages » considèrent en outre que le « ministre de l’intérieur ne peut pas imposer des conditions au port de protections par les journalistes ». Selon eux, dans une circulaire sur le maintien de l’ordre, le ministre ne peut « pas édicter ce type de règles à l’attention des journalistes comme de toute personne participant ou assistant à une manifestation. ».

Enfin, le Conseil d’Etat annule l’accréditation des journalistes, qu’ils possèdent ou non une carte de presse, pour avoir accès au canal d’informations en temps réel mis en place lors des manifestations.

Le Monde

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Interlude

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Revu

Le Genou de Claire, Éric Rohmer (1970)

Je connais trois univers parallèles à la fois confortables et rassurants. Ils ne sont pas toujours paisibles ; des évènements déplaisants (parfois des drames) peuvent s’y produire, mais les ondes provoquées par ces chocs finissent toujours par s’estomper et le calme harmonieux par revenir. Ces mondes, dans lesquels j’aime repasser assez régulièrement, sont ceux d’Hergé, d’Hitchcock et de Rohmer. Je les trouve rassurants dans la mesure où ils sont ouvertement artificiels. Chez Rohmer, cette artificialité est redoublée par les commentaires que les personnages bavards et plus ou moins désœuvrés développent sur leurs propres actions tout en évoluant dans de beaux décors bien cadrés. Mais, comme le fait remarquer la jeune Laura, trop de beauté, cela peut devenir étouffant.

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