Revu

Sauve qui peut (la vie), Jean-Luc Godard (1980)

Pour des raisons qui se trouvent dans les commentaires du billet du 7 septembre, revoir ce film était devenu une envie urgente. 1980 : on peut dire qu’on l’avait attendu, ce film. C’était, pour Godard, le grand « retour au cinéma » après une dizaine d’années de semi-clandestinité pendant lesquelles il n’avait jamais cessé d’expérimenter, d’interroger les images et les sons dans son laboratoire.  Ce fut un choc, ça aussi je m’en souviens bien. Godard avait changé depuis les années 60 (on s’y attendait) mais surtout,  il ne s’était pas du tout assagi. Bien au contraire. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une forme de normalisation selon la conception bourgeoise qui veut que « jeunesse se passe », Godard balançait un film alliant radicalité du propos et liberté créative. Le scénario d’Anne-Marie Miéville traite de la domination sociale et sexuelle et de la manière dont les deux se combinent (un sujet qui reste d’actualité). La violence est montrée de manière frontale, elle culmine dans les scènes de prostitution. La mise en scène est d’une beauté époustouflante, comme si Godard montrait ce qu’il peut faire avant de disparaitre. La bande son est aussi travaillée que l’image et mérite qu’on l’écoute au casque. Le pitch que propose allociné est explicite :  » Les angoisses et aspirations d’hommes et de femmes face à une société qui les broie. » Et en plus, ça finit mal – un peu comme A bout de souffle. Si vous cherchez un feel good movie, ce n’est pas la bonne pioche. Par contre, si vous souhaitez reconsidérer cette légende tenace selon laquelle Jean-Luc Godard aurait connu une panne de création après 68 (le coupable idéal), alors c’est le film qu’il faut voir.

Bonus : Godard sur le plateau Dick Cavett parle en anglais à propos de l’utilisation du ralenti dans Every Man for Himself et c’est assez drôle.

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Revue de presse

L’année 2017, avec 14,75 °C, est ainsi la troisième année la plus chaude sur Terre depuis que l’on mesure les températures. Elle arrive juste après 2016 — la plus chaude jamais enregistrée, 14,85 °C — et 2015 (14,81 °C). Selon les climatologues de la NOAA, de 1900 à 1980, un nouveau record de chaleur annuel était enregistré tous les treize ans et demi ; depuis 1981, c’est désormais tous les trois ans que la température bat des records. le Monde

Il y a bien d’un côté les humains qui subissent déjà les ouragans et la désertification, de l’autre ceux qui assistent encore au spectacle depuis la rive protégée. Mais la tranquillité des seconds ne tient qu’à la foi. Le pauvre vacancier qui « descend » pour son repos annuel découvre des terres fraîchement cramées, passe à côté des arbres blêmes qui ont renoncé à la photosynthèse et se trempe dans une mer sans vie. Mais, joie ! il croise enfin un Starbucks où s’arrêter. L’air y est frais, la lumière souveraine et les denrées abondent. lundimatin

 

Libération

La hausse des températures moyennes est principalement tirée de l’imagination fertile des signataires, qui tient davantage du wishful thinking que de l’analyse raisonnable des données disponibles. On sait en effet que, hormis un récent événement océanique (El Niño) qui a ponctuellement réchauffé la Terre en 2015-2016, la température moyenne de la planète est relativement stable depuis le début du siècle. Même les carbocentristes les plus acharnés conviennent a minima que l’augmentation de la température a fortement ralenti ces dernières années. Contrepoints

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Cadeau

Vous ne connaissez pas ce disque ? C’est normal. Il n’existe pas, mais il aurait pu. C’est le thème de l’excellent blog Albums That Never Were. L’idée est séduisante. Il s’agit d’imaginer ce qui aurait pu se passer si l’histoire s’était déroulée différemment et quels disques seraient sortis de cette uchronie. Ici, on annule purement et simplement le départ pour Nashville où fut enregistré Blonde On Blonde ; on fait comme si Columbia avait dû se contenter des sessions avec The Band et, sans surprise, cela donne un excellent disque , tranchant et nerveux ; le digne successeur de Highway 61 Revisited. Pour l’écouter, c’est ici.

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Sunday song

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Définition

Source : Groupe J.-P. Vernant

Ce qui se déroule sous nos yeux constitue un cas pratique exemplaire. La question est de savoir si nous assistons à l’apogée du néolibéralisme (installé partout, même chez les gaulois) ou si le, déclin étant amorcé, la chute semble inévitable (le projet étant alors de rafler tout ce qui peut l’être sans laisser ruisseler une goutte).

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Vu (suite)

J’avais toutes les raisons d’avoir envie de voir Le redoutable de Michel Hazanavicius. D’abord, j’avais apprécié la lecture du livre d’Anne Wiazemsky. Ensuite, j’ai toujours trouvé assez intrigante cette période de la carrière de Godard. Enfin, j’avais trouvé le projet assez gonflé, joyeusement impertinent sans être grossièrement poujadiste. Dans l’ensemble, les situations décrites sont fidèles au récit de l’ancienne compagne du cinéaste. Transposées en tant que séquences de cinéma, elles sont plus ou moins réussies. L’une de mes préférées : lorsque le couple se trouve coincé dans le sud chez des amis pour cause de pénurie d’essence. On est après l’interruption du festival de Cannes ; la crise personnelle de Godard devient une crise de couple. Hazanavicius trouve assez souvent un équilibre plaisant entre comédie et drame. La reconstitution de l’époque (les manifs, les AG) est ratée, mais ce n’est pas grave. Venons-en aux thèses qui sous-tendent le film. Idée n°1 : Godard ne s’est pas remis d’avoir été méprisé par les situationnistes alors qu’il les admirait. Idée n°2 : cette blessure narcissique l’a conduit à une remise en question dévastatrice (aggravée par les maos). Il faut avouer que cette lecture des évènements n’est pas totalement stupide. Le principal reproche que l’on peut faire à ce film, c’est de ne pas être à la hauteur de son sujet sur le plan de la mise en scène.

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Vu

Un documentaire sur le King. Vie gâchée, talent gaspillé, fin prématurée. Quelle tristesse ! J’ai eu le Elvis blues pendant au moins trois jour. Puis j’ai réécouté les Sun Sessions et là je me suis dit qu’il n’avait pas souffert en vain puisque « avant lui, il n’y avait rien ».

L’amour l’après-midi de Eric Rohmer (1972). J’ai tenu grâce à Zouzou (heureusement, on la voit souvent). Il faut dire que le personnage de petit patron moderne hésitant à tromper sa femme est particulièrement énervant (il faut attendre la dernière scène pour découvrir qu’il n’était pas seulement ce qu’on croyait). Entre-temps, on se promène agréablement dans le Paris du début des seventies. Zouzou a un style très contemporain, on a l’impression de regarder une reconstitution réussie jusque dans la lumière bleutée qui baigne les images. Et c’est ainsi que Rohmer est grand.

PS : on peut encore le voir ici jusqu’à la fin du mois.

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Rions un peu

Gabriela Manzoni

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Les étés passés (suite)

L’été 78 à Paris. J’avais 20 ans et je pourrais laisser dire que c’est le plus bel âge de la vie, mais seulement lorsqu’on le considère avec suffisamment de recul, longtemps après que la jeunesse se soit enfuie. Sur le moment, j’avais la sensation de traverser ma saison en enfer. De retour d’un voyage d’un an en Asie, je retrouvais intactes les questions que j’avais laissées derrière moi lorsque l’avion avait décollé. Les Stones avaient sorti un bon disque alors qu’on n’attendait (déjà) plus rien de leur part. J’avais une affection particulière pour cette chanson mystérieuse. On ne savait pas à quoi tenait son charme. La guitare rythmique vaguement influencée par le reggae ? Le chant de Keith à la limite de dérailler ? Le texte crypté donnant libre cours aux interprétations ? Je me la repassais tard dans la nuit, lorsqu’un peu de fraicheur entrait par la fenêtre ouverte ; je n’ai jamais réussi à percer le mystère.

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Fin d’été

William Eggleston, Untitled, ca. 1971-1974

Je ne trouverais pas surprenant d’apprendre que cette photographie a été prise durant les derniers jours d’août (ou, au plus tard, début septembre). Il y avait la même lumière ce weekend, la même ambiance, le même mood. J’apprécie particulièrement les fins d’été ensoleillées lorsque les vacanciers profitent des derniers bains de mer tandis que la cabane à frites commence à ranger les chaises et les parasols.

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