Lecture

Il s’agit de l’édition originale de 1949. Peter Cheney fait partie des premiers auteurs américains publiés dans la Série Noire. La traduction utilise un argot désuet dont on se demande s’il n’a pas été en partie recréé, voire carrément inventé par le facétieux couple Vian. Le style relâché est censé retranscrire le style hard-boiled des publications originales. Le héros de Cheney, vous le connaissez même si vous n’avez jamais ouvert un de ses roman : il s’appelle Caution, Lemmy pour les dames et il a été interprété au cinéma par Eddie Constantine. Il aime bien les belle femmes, qu’il appelle les « poules ». Les passages où il se laisse à exprimer son ressenti à leur sujet risqueraient de faire sursauter un sensitivity reader. C’est peut-être ce ton plein d’insouciance un peu débile, bien avant le politiquement correct, qui rend la lecture de ces vieux polars si exotique. Dans le bouquin, Lemmy n’est pas insensible au charme d’Henrietta, un « beau morceau » que notre poète décrit en ces termes : « Elle a une espèce de tissu mince sur les épaules, c’est du tulle ou ce que vous voudrez et toutes les fois qu’elle bouge son bras, ça vaut le coup d’ouvrir l’œil. ». C’est pas joli ?

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Vu

Columbo, S03.E20 Candidat au meurtre

Cette fois, le meurtrier est un candidat aux partielles pour le poste de sénateur. L’acteur est bien choisi, il est débordant d’énergie et d’assurance, coiffé d’une superbe moumoute et capable de prendre un air méchant lorsque personne ne le voit. C’est le politicien idéal, très apprécié des femmes (dont celle de Columbo). Sa seule faille : il ne s’entend plus avec son épouse et la jeune secrétaire de cette dernière est devenue sa maîtresse. Il décide de se débarrasser de son directeur de campagne lorsque celui-ci exige que le candidat mette fin à cette liaison dont la découverte risquerait de ruiner tous les efforts déployés pour remporter l’élection. Une tradition culturelle veut que la fidélité conjugale figure au programme des hommes politiques. Le politicien meurtrier est un manipulateur avec les électeurs (on le voit faire un discours convainquant sur la tolérance zéro envers le crime), sa femme délaissée et alcoolique, sa jeune maitresse en admiration et, bien sûr, le lieutenant Columbo qui fouine partout dans le quartier général de campagne. En dehors de la description réaliste d’une campagne électorale, le principal intérêt, à mes yeux de cet épisode est qu’on y peut voir clairement le fonctionnement cognitif particulier de Columbo, sa manière de se fixer sur des détails que personne d’autre ne remarque et l’irritation que provoque autour de lui cette attention décalée. Le lieutenant, par ses manières étranges, énerve autant les secrétaires ou les personnels de service que les membres de la haute société. En ce sens, le ressort de la série ne repose pas uniquement sur la revanche de classe, comme cela a été noté, mais également sur la différence cognitive. A suivre.

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Saul Leiter

Don’t Walk, 1952
Mirrors, 1962
Red Umbrella, 1965
Snow Scene, 1960
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Revu

Profession : reporter, Michelangelo Antonioni (1975)

J’ai voulu le revoir parce que, en dehors d’une impression générale de flottement plutôt agréable, je ne me souvenais de rien. Amnésie totale. En revoyant le film, j’ai compris que c’était une réaction normale. La mémoire a besoin de s’appuyer sur des identités fixes, à commencer par la sienne propre (rôle social, métier, genre, situation de famille, etc.). Or, le personnage de David Locke joué par Nicholson poursuit au cours du film deux changements qui perturbent en profondeur ces repères : il se fait passer pour mort auprès de ceux qui l’ont connu et adopte une nouvelle identité, celle d’un type décédé d’un arrêt cardiaque qui lui ressemble vaguement. Lorsqu’il se rend aux rendez-vous notés dans l’agenda qu’il a trouvé dans la chambre du mort, il découvre qu’il s’agissait d’un marchand d’armes, comme Rimbaud en Ethiopie. La première partie du film se déroule dans un pays africain non identifié et le personnage veut se libérer d’une vie qui lui pèse en quittant tout pour repartir à zéro, ce qui est un projet typiquement rimbaldien. Le film, assez sombre par ailleurs, est illuminé par les apparitions pleines de fraicheur de Maria Schneider. Le suicide final peut faire penser à Pierrot le fou, un autre film où le héros tente de s’enfuir en quittant tout. La mise en scène est un régal, j’allais écrire « pour les yeux » mais la bande son joue un rôle primordial, notamment pendant le long plan final qui montre la rue vue depuis la fenêtre de la chambre de David Locke. Très beau film qui donne envie d’entamer un cycle consacré à Antonioni, comme disait Claude-Jean Philippe à la grande époque du Ciné-club.

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Un peu d’histoire

Joe Strummer et Marc Zermati

Pour ceux qui ne sont pas au courant, Marc Zermati vient de mourir. C’était un homme de goût, une forte personnalité qui avait su mettre son énergie au service de ce qu’il aimait. Il avait ouvert au début des années 70 le mythique magasin de disques l’Open Market (dans lequel je n’osais pas entrer), créé le label Skydog (j’avais celui-ci), organisé le festival punk de Mont-de-Marsan (1976-77), été manager pour différents groupes français comme les Dogs ou Bijou, programmé les Clash en 77 au Palais des Glaces (j’y étais). L’homme débordait de souvenirs et d’anecdotes sur la bande du Drugstore, les premiers trips au LSD, les débuts du punk à Londres et les tentatives souvent avortées de l’underground français. C’est tout un pan de l’histoire du rock n’ roll qui disparait avec lui.

Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet, on peut lire cet entretien ici.

Dernière minute, l’hommage de Philippe Garnier dans Next Libération. « Il m’avait à la bonne à cause du Havre, qu’il a fini par considérer comme le Detroit hexagonal ; aussi parce qu’on était tous les deux du 21 juin, et pour mon amour pour Dylan. Le sien était absolu. Je lui enviais ses boucles qui faisaient encore très Blonde on Blonde. Il en avait été jusqu’à nous persuader que le Zim était né un 21 juin, au lieu du 24 mai.  » A lire ICI !

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Sunday song

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1972 was a good year (6)

Je pourrais fausser un peu les choses à mon avantage et m’attribuer des goûts pointus, des découvertes prémonitoires. Tenons-nous-en aux faits en mentionnant celui qui fut mon chanteur français favoris pendant le collège (Higelin, Béranger, Manset sont arrivés un peu plus tard). Il n’y a rien d’original à avoir aimé les chansons de Julien Clerc en cette année 72. Il venait de cartonner l’année précédente avec Ce n’est rien et Niagara avait bien marché également. Le chanteur ne se contentait pas d’enchainer les succès et de passer à la télévision dans les émissions de Variété ; il sortait également des albums intéressants où l’on trouvait de bonnes chansons, comme ce Sertão. Je ne cherche à convaincre personne et je sais que la qualité de son répertoire s’est brutalement dégradée à partir de 75 pour finalement s’effondrer dans les années 80. Il n’empêche, entre 71 et 73, le chanteur aux cheveux bouclés a enregistré quelques bonnes chansons (avec l’aide du parolier Roda-Gil) et je les réentends avec plaisir lorsque je suis dans le bon mood.

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1972 was a good year (5)

Comme si nous n’avions pas eu assez de nouveautés excitantes à découvrir, en ce mois de juin débarqua d’Angleterre une bande de dandies improbables qui mêlaient idéalement la danse et l’avant-garde, la voix veloutée de crooner de Bryan Ferry et les embardées expérimentales du synthé de Brian Eno. Une telle synthèse ne pouvait surgir que durant cette parenthèse enchantée pendant laquelle le bien nommé « Glam Rock » bouscula radicalement les frontières établies sans pour autant entrainer de violence ni proclamer de grandes revendications. Certes, il y avait aussi des gros lourds genre Slade du côté des seconds couteaux, mais dans le trio de tête, Bowie, T. Rex et Roxy Music, tous avaient la grande classe. Ils étaient beaux, sexys, élégants, maquillés, agréablement excentriques, cultivés avec la distance et l’humour qui convient. Il suffit de tendre l’oreille aux textes pour s’en convaincre. Dance the cha-cha through till sunrise. Quel bon programme. Pourquoi a-t-il fallu que cet état de grâce soit éphémère (deux, trois ans maximum) ? Je crois avoir trouvé la réponse dans le roman que je suis en train de lire. « La beauté et la suprême beauté sont périssables, elles aussi, dès qu’elles sont devenues histoire et phénomènes de cette terre. Nous le savons et nous pouvons en éprouver de la mélancolie, mais non essayer sérieusement d’y changer quelque chose ; car c’est un fait immuable. » (Hermann Hesse, Le jeu des Perles de Verre)

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1972 was a good year (4)

Depuis Hot Love et Get It On, on pouvait entendre des chansons de T. Rex un peu partout, à la radio, sur des 45 tours que les filles glissaient dans leur « mange-disque » (sorte d’électrophone portatif destiné à écouter les titres du hit-parade) et même dans les fêtes foraines au stand des auto-tamponneuses. Je me contentais des tubes. J’ai acquis l’album Slider bien plus tard lorsque je l’ai trouvé dans une caisse de vide-grenier. C’est un très bon album, juste un cran en-dessous de Electric Warrior et j’aime assez le son du groupe pour savourer la moindre des compositions de Marc Bolan, surtout ses balades acoustiques. Cependant, il faut reconnaitre que la puissance sonique des deux singles Metal Guru et Telegram Sam est sans équivalent. Cela tient à la synthèse opérée par le songwriting de Bolan qui concentrait son tir sur les teenagers en s’inspirant d’Eddie Cochran et aussi à l’apport sonore de Tony Visconti qui se souvenait des tubes des groupes de filles produits par Spector. Karma instantané. C’était génial de voir ces fusées exploser dans le ciel. Nous ne savions pas que c’était (déjà) le chant du cygne de l’elfe glamour. Ses chansons ne retrouveraient plus la tête des charts mais, quelques années plus tard, les punks qui l’avaient écouté à quinze ans allaient relancer la mode des singles en pensant à lui.

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1972 was a good year (3)

Dans ma mémoire, Never A Dull Moment est un disque d’automne, de pluie, de rentrée sous les préaux et de teenage blues. Dans cet état d’esprit morose typique de la crise adolescente, mes titres préférés étaient, comme par hasard, les morceaux lents : l’imparable I’d Rather Go Blind piqué à Etta James et cette reprise d’une obscure dylanerie qui devait trainer sur des disques pirates hors d’accès dans nos contrées. Il a fallu attendre le début des années 90 (1991 pour être précis) pour découvrir la version originale sur le premier des Bootleg series. Nick Hornby, dans un petit bouquin consacré à ses chansons préférées, disait qu’il préférait la version de Rod à celle de Dylan ce qui, à mon avis et bien que j’apprécie beaucoup la voix de Rod, est peut-être un peu forcer le trait. C’est à se demander si Nick et moi n’avons pas ressenti les mêmes émotions en écoutant l’album de Rod Stewart seuls dans notre chambre plongée dans le noir, le dimanche soir, tandis que la pluie cogne aux carreaux.

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