Mieux avant

Des photographies rarement ou jamais vues comme celles-ci, il y en a plein le blog BETTER EVERY DAY le bien nommé. On remonte dans le temps, du côté des ancêtres du folk, vous savez, ces petits orchestres semi-professionnels qu’aimait dessiner Robert Crumb. L’essentiel vient surtout des années 60 (on en sort pas), avec des curiosités comme le duo formé par Jorma Kaukonen et la jeune Janis Joplin en 62. Je vous laisse découvrir.

PS : Oui, le Dead est représenté.

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Vu

Macadam à deux voies, Monte Hellman (1971)

Les films « cultes » sont des films qui passaient aux séances spéciales dans des petites salles spécialisées où nous devions nous rendre à des heures tardives pour voir des trucs qu’on trouve maintenant sur le net sans bouger de chez soi. Macadam à 2 voies était parfois au programme mais je ne l’avais encore jamais vu. C’était une grosse lacune parce que dans le genre road movie vintage, il est difficile de trouver mieux (à part l’indépassable Point Limite Zéro). Le fait que le rôle principal soit tenu par James Taylor, un chanteur folk pas très intéressant, a dû jouer contre le film et c’était une erreur parce qu’il est excellent. Il ne joue pas vraiment. Il se contente d’être là avec un air buté et renfermé, tout comme son comparse mécanicien Dennis Wilson (des Beach Boys). Pas de jeu d’acteur, d’histoire à proprement parler et beaucoup de temps morts comme on en vit sur la route : le refus des artifices hollywoodiens donne au film un sentiment rare d’authenticité, comme si on n’avait gardé au tournage les premières prises en mode documentaire. Surtout ne pas croire que ces films du début des années 70 sont des films à la gloire de l’utopie hippie. Ici tout semble figé, personne n’a d’endroit où aller et s’occuper des pièces de bagnole semble la seule chose digne d’intérêt. Et cette vacuité, ce vide existentiel, cet étirement de l’espace-temps, sont éminemment cinématographiques.

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Relecture

Dans le domaine de la pensée également, nous avons beaucoup perdu. Deleuze, comme Foucault, Barthes ou Lyotard, étaient des activistes et des artistes de la pensée avant d’être des mandarins installés dans un statut de philosophe plus ou moins officiel. Maintenant, nous devons supporter des pantins ridicules dont la pauvreté intellectuelle nous afflige. Quelle déliquescence, quel effondrement – comme diraient les militaires putschistes qui partagent probablement les idées réactionnaires de nos philosophes médiatiques*. Dans ce contexte, la relecture du livre de Deleuze fait énormément de bien aux neurones comme au moral.

Pas besoin d’avoir lu toute la Recherche pour apprécier les théories de Deleuze mais si c’est le cas, on peut mesurer qu’il ne s’agit pas d’idées abstraites plaquées sur une œuvre d’art. C’est même l’inverse. Deleuze met la tradition de la philosophie rationnelle et analytique à l’épreuve des intuitions de l’écrivain et l’expérience s’avère fructueuse. Ceux qui connaissent bien l’œuvre du philosophe peuvent voir apparaitre ici plusieurs thèmes qui seront repris et approfondis par la suite. Deleuze créait. Il renversait les croyances établies et repoussait joyeusement les poncifs ; c’est la grande différence avec nos réactionnaires amers qui ne visent qu’à maintenir l’ordre existant. Ici, les idées sont abondantes, un vrai feu d’artifices de l’esprit, et il serait ridicule de prétendre en faire l’inventaire. En voici juste quelques unes que nous avons trouvées particulièrement frappantes par leur originalité et leur caractère stimulant.

Pour Deleuze, la Recherche est avant tout un roman d’initiation. Or, toute initiation passe par les signes, par leur identification et leur interprétation. Deleuze distingue différentes sortes de signes dans le roman : les signes mondains (qui sont des signes vides), les signes de l’amour (dans lesquels l’amoureux croit détecter des mensonges), les signes naturels (les objets déclencheurs de souvenirs involontaires, premier pas vers l’art) ; enfin, au sommet de ce récit initiatique, Proust place les signes de l’art, les seuls qui par leur caractère immatériel et spiritualisé peuvent donner pleinement accès à l’essence des choses et du monde).

On retiendra, dans la conclusion, cette phrase qui concentre une partie importante de l’enseignement que Deleuze a tiré de l’œuvre de Proust : « Nous avons tort de croire aux faits, il n’y a que des signes. Nous avons tort de croire à la vérité, il n’y a que des interprétations. »

  • A lire sur ce sujet « Intellectuels médiatiques et penseurs de l’ombre » du défunt Jacques Bouveresse paru dans Le Monde diplomatique

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Lu

Hier mardi 11 mai, j’ai terminé la lecture du volume de la collection Bouquins contenant Le Côté de Guermantes et Sodome et Gomorrhe, complétant ainsi ma lecture de La Recherche du temps perdu. Ce fut une journée paisible, ensoleillée, légèrement nuageuse et assez venteuse. La lecture des dernières pages, presque un an jour pour jour après avoir commencé, s’est déroulée sur fond de jazz (Horace Silver). Un peu avant, j’avais envisagé d’enchaîner avec un autre volume de la Recherche, mais maintenant je n’en ressens plus l’envie. Je préfère laisser décanter les impressions, les vagues réflexions laissées par cette lecture et éventuellement prendre connaissance de divers commentaires qui ont pu être faits sur l’œuvre.

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Interlude

Thelonious Monk Quartet, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, march 10th, 1963

Thelonious Monk (piano), Charlie Rouse (sax), John Ore (bass), Frankie Dunlop (drums).

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Vu

Le conformiste, Bernardo Bertolucci (1970)

Il est plus facile de ricaner au sujet d’un film médiocre que d’évoquer les qualités d’une œuvre réussie. Le personnage, magnifiquement interprété par Jean-Louis Trintignant, n’a qu’une ambition : rejoindre la normalité quel qu’en soit le coût dans l’Italie de Mussolini. Pour atteindre cet idéal de normalisation, il épouse une petite bourgeoise médiocre et stupide (selon ses propres termes), adhère au parti fasciste et accepte d’effectuer les basses besognes de la police secrète comme l’assassinat de son ancien prof de philo devenu un opposant au régime. La banalité minable du Mal. Oui, mais soudain apparait la très jeune Dominique Sanda surgie miraculeusement du Jardin des Finzi-Contini. La rencontre va perturber quelque peu la trajectoire du personnage mais ne le sauvera pas. Le film est adapté d’un roman de Moravia. Il regorge d’idées, comme la façon d’évoquer le régime fasciste à travers l’espace architectural des bâtiments officiels ou la scène de danse entre deux femmes qui semble anticiper un sulfureux tango à venir. Tout dans la réalisation est invention et le jeu des acteurs (avec une apparition étrange de Clémenti) est un régal.

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Sunday song

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Older and older

Ethan Russell, 1968
Ken Regan, 1972

Le processus temporel a beau être continu et donc, de ce fait, presque imperceptible, il vient parfois brutalement nous rappeler son existence. Vieillir est une chose étrange ; voir vieillir les autres tout autant, si ce n’est plus. Ceux dont nous regardions les photographies lorsqu’ils étaient jeunes et beaux sont aujourd’hui, il faut bien le dire, des vieillards. La décrépitude ne les a pas épargnés mais, à leur manière, Dylan, Jagger ou Townshend, pour ne citer que le peloton de tête de la cohorte, ont trouvé une manière élégante de négocier cette période de l’existence. Il y Bob (bientôt 80), vieux lord vaguement sudiste distillant son bourbon et sa poésie passéiste ; Mick, marquis bondissant qui s’impatiente dans son château avant de pouvoir repartir danser sur les routes ; et puis Pete qui se présente en vieil artiste débordant d’activité entre la ressortie de Sell Out et l’écriture d’un nouvel album des Who. Rester actif, c’est peut-être cela le secret. Aucun d’entre eux ne retrouvera le niveau artistique atteint entre 20 et 30 ans mais ce n’est pas grave. L’important, c’est de continuer comme si cela devait ne finir jamais.

La BO de ce billet est à écouter ici.

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Citation

Dans la préface à l’anthologie parue chez Christian Bourgeois en 1994, Robert Bréchon écrit ceci au sujet de l’hétéronymie de Fernando Pessoa : « Son génie créateur ne vient pas de son aptitude à diversifier son moi, mais bien plutôt de la profonde unité que cela lui a permis de retrouver. » Au-delà des habituelles considérations psychologiques sur le morcellement du moi, il résume ainsi la démarche du poète : « Sa singulière grandeur est d’avoir atteint, par l’invention poétique, un état supérieur de la conscience capable d’embrasser d’un seul regard plusieurs vérités contradictoires, qui sont les faces différentes d’une même Vérité fondamentale inaccessible à la raison. Sa vie a été une quête incessante, à la fois héroïque et lucide, douloureuse et enjouée, du sens ultime de l’existence. »

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Vu

Un Flic, Jean-Pierre Melville (1972)

Les images baignent dans une lumière froide à dominante gris-bleu. Le film commence très fort avec un braquage digne des meilleurs films noirs américains. Puis, on découvre Delon en commissaire un peu las, effectuant sa tournée des boîtes de nuits interlopes des Champs-Élysées et on entrevoit une Deneuve silencieuse et glamour. Ensuite, le film s’embarque pour un long tunnel. Melville veut nous montrer tous les détails d’un obscur braquage en hélicoptère dans un train et on s’ennuie gravement. Pendant tout ce temps, on ne voit ni Delon, ni Deneuve, mais des truands très laids en train de s’agiter de manière incompréhensible dans une demi-obscurité. Heureusement, il y a des plans de coupe sur des trains électriques. Il faut patienter (ou faire avance rapide) car la fin, elle, est plutôt bien. Delon est très bon en fonctionnaire mal payé, veste étriquée et bureau miteux. C’est l’époque où il explorait ses possibilités. La même année, il produisit et joua magnifiquement dans Le Professeur. C’est aussi le dernier film de Melville et ce n’est pas son meilleur.

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