Lu dans le jardin

Jean Marc Flahaut et Frédérick Houdaer ont eu la bonne idée de traiter le thème du cinéma à travers des poèmes. Il est question des salles obscures, mais aussi des films du dimanche soir à la télé, des cassettes VHS sulfureuses louées par des adolescents fébriles et des rêveries que déclenchent certains noms d’acteurs ou d’actrices. A vrai dire, je ne vois pas de meilleure entrée pour aborder la question  « à quoi sert la poésie contemporaine lorsqu’on se réveille en plein milieu du cauchemar libéral ? »

Extait :

Le cinéma français

dire juste ça
le cinéma français
avec la gourmandise d’un enfant
dans les années 80
le cinéma français
celui qui passait tous les dimanches soirs à la télé
le cinéma français
ses dialogues a minima
ses personnages génétiquement tragiques
le cinéma français
ses intérieurs dépouillés
ses paysages tristes à pleurer
ses meurtres par camions interposés
le cinéma français
ses aires d’autoroute
ses pavillons de banlieue
ses ascenseurs vides
ses villes de Province
le cinéma français
ses inspecteurs de police
ses dames aux chats
ses contrôleurs SNCF
ses vendeuses de stylo
dire juste ça
le cinéma français
avant de l’oublier

Frédérick Houdaer & Jean Marc Flahaut, Cinéma Inferno, Editions Le Pédalo Ivre (2018)

Le livre peut être commandé ici. La chaise de jardin se trouve un peu partout.

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6 commentaires pour Lu dans le jardin

  1. gompo dit :

    à part l’argent, peu de projet de société. mais faut il qualifier de chaucemar cette société?

  2. Jac D. dit :

    Elle est oubliée, bien sûr, mais j’aimais beaucoup l’expression « cauchemar climatisé », très en vogue il y a bien longtemps… Bon, la clim’ n’est plus en odeur de sainteté même soufflant dans une phrase négative… et « cauchemar macronisé » date trop la chose en affichant d’emblée sa date de péremption… Libéral ? Je pense à chaque fois à :

    • journaldejane dit :

      La chanson de Phil fait référence à l’ancêtre du « politically correct ». Le mot « libéral », qui a plusieurs sens chez les anglo-saxons », correspond dans cette acception à notre gentil « socialiste ».
      Quant à l’expression « cauchemar climatisé » elle m’évoque le titre d’un livre d’Henry Miller dans ma bibliothèque. Plutôt un bon livre, d’après mes souvenirs lointains. Il faudrait lui faire repasser le test.

  3. Jac D. dit :

    Oui, c’est ça, Henry Miller, j’avais perdu l’origine de l’expression qui prend sa source en effet chez ce bon vieil Henry…
    La polysémie du mot « libéral », sitôt trempé en outre dans l’anglo-saxon, rend celui-ci ouvert à tous les vents, déjà que par ici pour le rendre apparemment plus opérant on lui colle toutes sortes d’adjuvant faisant monter ou baisser la température (néo, ultra, etc.). Je me demande si ce mot, du fait de sa « lâcheté » (à ce point là, il n’est même plus « valise » mais, ventre-mou, s’enlise), n’est tout simplement pas sinon méprisable du moins inutilisable… une sorte de phylloxera sémantique que ne chanterait plus aujourd’hui le natif d’El Paso.

    • journaldejane dit :

      Au sens de « libéralisme économique » (celui que j’évoquais dans mon billet), il suffit d’observer ce qui se passe depuis un an. On notera que le « libaralisme » concerne surtout l’enrichissement des plus friqués et très peu les libertés publiques. Au moins, nous pourrons juger sur pièce l’efficacité de cette théorie économique…

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