Lecture

Je viens de commencer, j’en suis seulement à l’introduction. Chapoutot ne dit pas « managers = SS ». Il reconnait même avoir croisé quelques individus qui effectuaient cette tache ingrate avec une forme d’humanité. Ce que décrit cet historien, c’est la manière dont les nazis, dans un lointain passé, ont développé les bases de ce qui est devenu le management tel que nous le connaissons aujourd’hui dans nos sociétés libérales-autoritaires. Dans sa présentation, l’auteur nous parle d’un technocrate nazi zélé, monstrueusement ordinaire, chargé d’organiser sans état d’âme une grande famine du côté est dans le but d’éliminer environ trente millions de personnes (appartenant, dans la vision du monde alors en vigueur en Allemagne, à une race inférieure). Pour arriver à atteindre son objectif, remplir sa mission, Herbert Backe (c’est son nom), s’est intéressé de près à la manière d’organiser le travail et de diriger les hommes dans le but obtenir un maximum d’efficacité avec de moins en moins de moyens. L’un de ses slogans était « Ne parlez pas, agissez ». Peu importait la méthode utilisée, seul importait la réussite de la mission accomplie. L’apologie de la performance et de la flexibilité, le discrédit pesant sur les perdants, cela évoque de manière troublante le management contemporain tel qu’il peut être expérimenté dans le monde du travail.

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8 commentaires pour Lecture

  1. Robert Spire dit :

    A la suite de ce livre afin de mieux cerner les liens historiques entre « libéralisme-néolibéralisme-fascisme », je lu le travail récent de quelques chercheuses et chercheurs:
    – Du libéralisme autoritaire (Grégoire Chamayou – 2020)
    – La société ingouvernable (Grégoire Chamayou – 2020)
    – Il faut s’adapter (Barbara Steigler – 2019)
    – L’extrême centre (Pierre Serna – 2019)
    Et sur la langue néolibérale du « management contemporain » dont parle Chapoutot:
    – Personne ne sort les fusils (Sandra Lucbert – 2020)
    – Le ministère des contes publics (Sandra Lucbert – 2021)

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    • journaldejane dit :

      Merci pour cette bibliographie très complète. J’ai trouvé l’expression « libéralisme autoritaire » chez Chamayou. « La société ingouvernable », que je recommande également, montre comment s’est mis en place un plan de sauvegarde idéologique à la suite des mouvements socio-culturels des années 70 (non, ce n’est pas du complotisme). Les autres titres restent à découvrir, je les note soigneusement.

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      • Robert Spire dit :

        Ce qui est aussi trés intéressant de découvrir avec Chamayou et B. Steigler sont ces intellectuels (démocrates) qui dés l’origine du néolibéralisme ont argumenté contre cette idéologie et que l’historiographie passe sous silence pour mieux cibler et dézinguer la critique communiste devenue le mal absolu.

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    • Sheik Spire dit :

      Merci cousin pour ces précieuses références bibliographiques.

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  2. Anonyme dit :

    « Je viens de commencer, j’en suis seulement à l’introduction »
    😀

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  3. Le promeneur dit :

    Merci, chère Jane, d’avoir recensé cet indispensable ouvrage.
    Du même Chapoutot, vient d’être publié Le Grand récit, introduction à l’Histoire de notre temps. Il y analyse l’actualité, passée et présente, des récits, petits ou grands, qui structurent notre weltanschauung et, plus largement, donnent un sens aux groupes sociaux comme aux individus.

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