Valéry et la philosophie

« Valéry caractérise la philosophie comme « une tentative d’agir avec des moyens insuffisants ». Il considère même que « l’impuissance est caractéristique de la philosophie. Et ceci frappe – dans une époque où la puissance est maîtresse ». Étant donné le primat absolu qu’il reconnaît à la volonté et à l’action, et le fait qu’il juge une philosophie à l’accroissement de puissance qu’elle est susceptible de nous procurer, on pourrait s’attendre à ce qu’il se sente très proche de Nietzsche ; et c’est vrai en un certain sens. Mais il ne faut évidemment pas confondre une glorification philosophique de la puissance avec un gain réel de puissance. Valéry dit, dans une formule qui m’a toujours semblé résumer assez bien le cas de Nietzsche : « Nietzsche n’est pas une nourriture – c’est un excitant. » Il dit aussi, il est vrai, qu’« une philosophie ne peut être qu’un excitant ». Les philosophies que l’on peut appeler « explicatives » ont le vice « d’employer plus qu’il ne faut, et de ne pas se donner de conditions ni de sanctions », celles qui se disent « critiques » celui « de se déguiser sous une rigueur apparente de langage ». »

Jacques Bouveresse, « La philosophie d’un anti-philosophe : Paul Valéry », Essais IV 

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