Vu

Youth, Paolo Sorrentino (2015)

Le film a été démoli par la critique cinématograhiquement correcte (Libération, Cahiers, Inrockuptibles, etc.) ; pourtant, je l’ai regardé jusqu’au bout sans ressentir un énorme déplaisir esthétique, tout juste un léger malaise par moments. Les motifs qui justifient le pilonnage sont évidents et indiscutables : complaisance narcissique, égo démesuré, esbroufe technique, manque d’élégance et de retenue, vulgarité des tirades, sans parler des effets de caméra qui font penser à des publicités pour des banques, des parfums ou des bagnoles. Mais ces aspects déplaisants ne collent-ils pas de manière troublante à notre époque ? On peut s’évader dans des films poétiques et éthérés mais si l’on veut voir certains des aspects les moins reluisants de notre monde, il faut peut-être jeter un coup d’œil du côté de ce cinéma-là. Même s’il le fait avec une philosophie de pacotille un peu creuse, Sorrentino a au moins le mérite d’avoir affronté un sujet pour le moins délicat : la vieillesse et la décrépitude. Ce n’est pas toujours reluisant, certes, mais peut-on reprocher à un artiste de ne pas enjoliver les choses ? A signaler, l’apparition réjouissante de la grande Jane Fonda en personne dans une scène qui sauve (peut-être) le film.

Cet article a été publié dans cinéma. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Vu

  1. Anonyme dit :

    C’est vrai que ce film n’est pas une réussite, chère Jane, mais sans doute ne méritait il pas un tel éreintement de la part de nos plumitifs habituels (et habitués) qui ont, quand même, le père Paulo dans le nez depuis un certain moment. De Sorrentino, on pourra préférer l’émouvant La Grande Bellezza qui est, entre autre chose, une belle déclaration d’amour à Rome. Ce qui ne peut pas le rendre complètement mauvais.

    J'aime

    • Jacques d. dit :

      Anonyme, vous avez raison.
      Le critique-plumitif français loue le film social ou sociétal, un peu crade et lacrymal et éreinte le film de fiction plus ou moins débridée. Quant en plus le Sorrentino du jour (du Youth ?) « fait » dans la vieillesse « colorée » et rutilante (pas toujours puisque il « faut bien faire pisser le colosse », dit-on chez les routiers et que ça n’est pas toujours une partie de plaisir) comme une Ferrari, il en avale sa collection complète des Cahiers du Cinéma et en appelle Maïwenn Dardenne à la rescousse. Ou bien c’est Kervern et Délépine dont l’humour Canal de Suées commençant pourtant à sentir le pâté continue à enchanter le critique aimant jouer au punk survivant (survivaliste ?). Ou bien Kechiche : « Ah, comment trop bien qu’il sait filmer les cooorrrps ! », mais bon, ça c’était avant Metoo. Pour l’exotisme il a Ho Sang Soo, quatre films par mois dont trois avec Huppert (restons hexagonaux tout de même) tous oscillant entre un Bergman sous gaz hilarant et le premier téléfilm au choix usiné Arte.
      Il se trouve que j’aime bien « la Grande Bellezza », « Youth », « this Must Be the Place » (que je ne sais plus qui de la Grand Messe Critique des « Frasques et du Plum-Pudding » avait trouvé – bien sûr – « fasciste » subodorant presque que le gars Paulo avait assisté à la Conférence du Wannsee, c’est dire !) et « il Divo » (« Silvio et les Autres » étant une redite un peu faible de « la Grande Bellezza » ou du moins un de ses chapitres oubliés.et qui aurait sans doute mérité de le rester… pas déplaisant mais comme un effet rebond dispensable).
      « Nobody’s perfect »… hé oui !
      « Chacun a les mauvais goûts qu’il mérite » disait Vian.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s