Revue de presse (spécial mauvaises nouvelles)

Non, ce virus n’est une bonne chose pour rien, ni personne

Trois mois sans dégueulasser le monde ne sauveront rien du tout, et il y a de fortes chances, vu l’entêtement lunaire de nos dirigeants, que tout reprenne exactement comme avant à la fin des mesures. C’est déjà ce qu’ils nous disent, quand à l’heure où les trois quarts de la planète se rendent compte que leur travail n’est pas indispensable (oups), on force la moitié de ces trois quarts à continuer de produire. Que les choses ne changeront pas. C’est ce qu’ils nous disent quand ils nous distribuent les jours de confinement au compte-gouttes alors qu’on sait tous qu’on va y rester deux mois, comme des gentils papas qui ne veulent pas nous brusquer, quand ils nous racontent que les masques ça sert à rien ça-tombe-bien-y-en-a-pas puis que finalement c’est indispensable mais seulement si tu te le fabriques toi-même avec une vieille chaussette et un élastique. (…)

Non, «rester chez soi» ne sauve pas des vies. C’est le stade minimum de j’arrête de ne penser qu’à mon petit confort et à mon café en terrasse. Ça ne fait pas de nous, de toi, de moi, des héros. Ce qui sauve des vies, ou plutôt ceux qui sauvent des vies, aimeraient bien, sûrement, rester chez eux. Les médecins, les infirmièr·es, bien sûr, mais aussi les livreur·ses, les caissièr·es, les ouvrièr·es, celles et ceux qui nous sauvent un peu la vie à toutes échelles. Ils ou elles ne sont pas des héros non plus d’ailleurs. Les héros, ça fait les choses pour le mérite et la gloire. C’est beau. Et c’est pratique surtout, de hisser les gens au rang de héros quand on a besoin d’eux, de stimuler leur besoin de reconnaissance pour ne surtout pas leur donner ce dont ils ont vraiment besoin, cette petite chose basse et sale et pas du tout héroïque qui s’appelle l’argent. (…)

Aidons-nous quand on le peut, donnons-nous du courage puisqu’on ne peut pas (a-t-on jamais pu ?) compter sur le haut de la chaîne pour ça, faisons-nous rire et relativiser quand on le peut. Mais par pitié, arrêtez de vouloir nous forcer à loucher sur les «bons côtés du virus». Il n’y en a pas, et c’est beaucoup plus normal et sain de se sentir dépassé, mou, déprimé, improductif, de faire ce qu’on peut, d’accepter qu’on ne peut pas. Cessez de vouloir nous faire «positiver» et «profiter» au prix de la décence : ça va, on va mal mais ça va.

Camille Islert, Libération

Stéphane Audoin-Rouzeau: «Nous ne reverrons jamais le monde que nous avons quitté il y a un mois»

« Le propre du temps de guerre est aussi que ce temps devient infini. On ne sait pas quand cela va se terminer. On espère simplement – c’est vrai aujourd’hui comme pendant la Grande Guerre ou l’Occupation – que ce sera fini « bientôt ». Pour Noël 1914, après l’offensive de printemps de 1917, etc. C’est par une addition de courts termes qu’on entre en fait dans le long terme de la guerre. Si on nous avait dit, au début du confinement, que ce serait pour deux mois ou davantage, cela n’aurait pas été accepté de la même façon. Mais on nous a dit, comme pour la guerre, que c’était seulement un mauvais moment à passer. Pour la Grande Guerre, il me paraît évident que si l’on avait annoncé dès le départ aux acteurs sociaux que cela durerait quatre ans et demi et qu’il y aurait 1,4 million de morts, ils n’auraient pas agi de la même façon. Après la contraction du temps initiale, on est entré dans ce temps indéfini qui nous a fait passer dans une temporalité « autre », sans savoir quand elle trouvera son terme. »

Mediapart

Notice sur les effets secondaires du confinement : « le pouls est faible »

Au-delà de cet antidote barbare aux relents médiévaux qu’est le confinement, dont on peut au mieux espérer qu’il ralentisse la course du virus, nous sommes dépourvus d’instruments pour en juguler la propagation. La vérité, c’est que pour vaincre cet organisme primaire, fruste, dernier degré de l’échelle de l’évolution qui a mis à genoux notre civilisation si avancée, si sophistiquée, si… nous n’avons encore élaboré aucune exit strategy. Une seule chose semble claire : nous devrons apprendre à cohabiter avec le virus, au moins jusqu’à la découverte du vaccin. Comment ? On n’en sait rien. Se tenir à un mètre des autres dans les restaurants, au bar, dans le tramway ? Avoir toujours, dans le sac à main, un flacon de gel hydroalcoolique, entre le mascara et le rouge à lèvres? Des combinaisons isolantes pour chaque saison pendues dans l’armoire ? Et pourquoi pas signées par des créateurs, tant qu’on y est ?

Ottavia Casagrande, BibliObs

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3 commentaires pour Revue de presse (spécial mauvaises nouvelles)

  1. journaldejane dit :

    Bonus
    « On a l’impression de ne rien valoir » : des étudiants infirmiers payés 50 euros la semaine dans des unités Covid dénoncent leurs conditions de travail
    Considérés comme stagiaires, les étudiants infirmiers travaillent comme les autres dans les unités Covid-19 des hôpitaux français mais sont indemnisés à hauteur de 50 euros maximum par semaine.
    À 23 ans, Mathieu, étudiant infirmier de troisième année, est mobilisé depuis trois semaines dans l’unité Covid-19 d’un hôpital du nord de la région parisienne. Il enchaîne les gardes de 12 heures, payées 1,42 euros de l’heure. « On a l’impression de ne rien valoir », témoigne Mathieu (le prénom a été changé) sur franceinfo, le 14 avril. Pour les étudiants de première et deuxième année, c’est encore moins (respectivement 0,80 et 1,08 euros de l’heure). Car dans les faits, ils sont pour l’instant considérés comme stagiaires.
    La suite ici

    • journaldejane dit :

      Un déconfinement sans tests massifs provoquerait une deuxième vague, selon l’Inserm
      La levée du confinement ne pourra avoir lieu avant fin mai voire juin, laisse entendre l’étude qui estime entre 1% et 6% la part de population infectée au 5 avril.
      L’Obs

      • journaldejane dit :

        Le texte du jour

        « Bien que, comme il arrive à chaque fois, il y ait quelques sots pour suggérer qu’une telle situation puisse être sans aucun doute considérée comme positive et que les nouvelles technologies digitales permettent depuis longtemps de communiquer avec bonheur à distance, je ne crois pas, quant à moi, qu’une communauté fondée sur la « distanciation sociale » soit humainement et politiquement vivable. En tout cas, quelle que soit la perspective, il me semble que c’est sur ce thème que nous devrions réfléchir. » Giorgio Agamben
        A lire ici

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