Vu

Love Streams, John Cassavetes (1984)

Gena Rowlands parvient à être aussi impressionnante que dans Une Femme sous influence. Malgré les apparences, ce n’est pas exactement le même rôle : les deux femmes ont des problèmes psychiatriques, mais pas exactement de la même manière. Pour bien marquer la différence, elles n’appartiennent pas au même milieu social (elle est d’ailleurs plus à l’aise en bourgeoise qu’en épouse de chef de chantier). Dans les deux cas, le drame personnel menace. On n’est pas loin cependant de la comédie. Il s’agit d’une forme d’humour assez désespérée et grinçante qui finit toujours par basculer dans le pathétique. Exemple : la scène où Sarah se démène en vain devant son ex-mari et sa fille pour essayer de les faire rire. Le personnage du frère interprété par Cassavetes, lui, parait un peu plus flou. Fêtard dépressif fuyant la solitude, toujours un verre à la main, il semble déjà parti, en route pour ailleurs. Le dernier plan, qui le montre seul, isolé derrière une vitre inondée par un torrent d’eau, est glaçant.

Trois femmes, Robert Altman (1977)

Vers la fin de Love Streams, il y a un rêve qui se déroule sur une scène d’opéra. Dans le film d’Altman également, les rêves interviennent, tout comme les dieux d’une religion inconnue que peint au fond de la piscine une femme qu’on voit rarement et qui ne parle jamais. L’essentiel du film décrit la relation entre deux autres femmes, Pinky (Sissy Spacek) et Millie (Shelley Duvall), qui se sont rencontrées dans la clinique où elles travaillent. Le début du film donne à cette occasion une description réaliste d’une arrivée sur un lieu de travail à l’époque des chefs du personnel et des pointeuses. La jeune Pinky est encore un peu enfant, elle est fascinée par la belle Millie qui cherche la perfection dans les magazines féminins. La relation de domination s’inverse brusquement aux deux tiers du film, après la tentative de suicide de Pinky qui suit une scène de dispute entre les deux femmes. Les deux personnages sortent de ces évènements radicalement transformés, méconnaissables. Il s’agit d’une expérience troublante pour le spectateur. Ce n’est pas la scène finale, en forme de rêve codé, qui nous éclairera. Les trois femmes sont réunies dans une nouvelle relation où Millie est devenue la mère de Pinky tandis que l’artiste mutique représente une sorte de grand mère. Les inversions dans les relations de pouvoir entre femmes font inévitablement penser à Mulholland Drive. Les deux films ont ceci en commun qu’ils suscitent autant d’interrogations que d’interprétations.

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3 commentaires pour Vu

  1. Jacques d. dit :

    avec Chet Baker….

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  2. Gompo dit :

    Cherchons le pouvoir ou la coopération ?

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