En grève

« Le préfet de police de Paris, auquel il était reproché d’avoir demandé à ses agents de modérer l’usage de leurs armes dites sublétales responsables de mutilations, a été remplacé par un homme à la réputation de dureté auquel le ministre de l’Intérieur a demandé que sa main ne tremble pas. Cinq policiers, qui font l’objet d’enquêtes sur leur rôle dans la mort d’un jeune homme noyé à la suite d’une charge de police à Nantes, dans le décès d’une octogénaire consécutif à un tir de grenade lacrymogène en plein visage à Marseille et dans les blessures occasionnées à une militante âgée bousculée par un gardien de la paix à Nice ont été décorés en grande pompe dans le cadre d’une promotion exceptionnelle. Il est vrai que ces enquêtes, souvent entachées de conflits d’intérêts tant du côté des instances administratives que du côté de l’institution judiciaire, ont peu de chances d’aboutir. En encourageant et en récompensant les usages inappropriés de la force, en évitant de les faire sanctionner en interne ou dans les tribunaux, et finalement en récusant même leur existence, le gouvernement fait ainsi des violences policières une violence d’Etat.

La police n’a pas de comptes à rendre à la société, dont elle refuse tout regard extérieur, mais au pouvoir en place, quel qu’il soit. Ainsi se développe une relation pernicieuse dans laquelle le gouvernement accorde toujours plus à des forces de l’ordre dont il a besoin pour réprimer ses opposants, tandis que ces dernières se servent de lui pour obtenir des privilèges, comme le maintien de leur régime spécial de retraite, et garantir leur impunité, lorsqu’apparaissent des déviances aussi graves soient-elles. Au lendemain de la demande de déontologie par le président de la République, le principal syndicat des gardiens de la paix menaçait : «Si nos collègues venaient à être injustement condamnés, nous saurons ce qu’il nous reste à faire.» Le gouvernement est ainsi à la fois le bénéficiaire de la répression policière, qui lui permet de restreindre la liberté de manifester, et l’otage du segment le plus radical des forces de l’ordre, qui exige d’être soustrait à la règle démocratique. »

Extrait de la tribune de Didier Fassin dans Libération

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2 commentaires pour En grève

  1. journaldejane dit :

    « C’était trop beau. Les représentations avaient repris depuis le week-end dernier, à l’Opéra Bastille samedi puis au Palais Garnier le lendemain. On pensait que le mouvement de grève contre la réforme des retraites qui affecte l’Opéra National de pars était terminé. Malheureusement ce mercredi la direction a été contrainte d’annoncer l’annulation des 2 spectacles du jour. Les représentations « Le Barbier de Séville » et « L’Après-midi d’un faune/L’Enfant et les sortilèges » sont annulées. » Radio Classique

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