En grève

Illustration : Bill Térébenthine

Ce n’est pas faute d’avoir reposé la question en espérant à chaque fois pouvoir enfin proclamer le basculement de l’opinion en faveur de la belle réforme du gouvernement. « 61% des Français souhaitent le retrait de la réforme des retraites. D’après un sondage Elabe pour BFMTV, 6 Français sur 10 pensent qu’Emmanuel Macron devrait prendre en compte les contestations et retirer la réforme. 62% des sondés se disent déçus de l’action du chef de l’Etat et près de 70% pensent d’Emmanuel Macron ne sera pas réélu s’il se représente en 2022. » BFMTV

Extrait de la tribune de Jacques Rancière publiée dans le Monde

J’ai passé un certain nombre d’années de ma vie à étudier l’histoire du mouvement ouvrier et ça m’a montré une chose essentielle : ce qu’on appelle les acquis sociaux, c’est bien plus que des avantages acquis par des groupes particuliers, c’était l’organisation d’un monde collectif régi par la solidarité.

Qu’est-ce que c’est que ce régime spécial des cheminots qu’on nous présente comme un privilège archaïque ? C’était un élément d’une organisation d’un monde commun où les choses essentielles pour la vie de tous devaient être la propriété de tous. Les chemins de fer, cela appartenait à la collectivité. Et cette possession collective, elle était gérée aussi par une collectivité de travailleurs qui se sentaient engagés vis-à-vis de cette communauté ; des travailleurs pour qui la retraite de chacun était le produit de la solidarité d’un collectif concret.

C’est cette réalité concrète du collectif solidaire dont les puissants de notre monde ne veulent plus. C’est cet édifice qu’ils ont entrepris de démolir pièce à pièce. Ce qu’ils veulent, c’est qu’il n’y ait plus de propriété collective, plus de collectifs de travailleurs, plus de solidarité qui parte d’en bas. Ils veulent qu’il n’y ait plus que des individus, possédant leur force de travail comme un petit capital qu’on fait fructifier en le louant à des plus gros. Des individus qui, en se vendant au jour le jour, accumulent pour eux-mêmes et seulement pour eux-mêmes des points, en attendant un avenir où les retraites ne seront plus fondées sur le travail mais sur le capital, c’est-à-dire sur l’exploitation et l’autoexploitation.

C’est pour ça que la réforme des retraites est pour eux si décisive, que c’est beaucoup plus qu’une question concrète de financement. C’est une question de principe. La retraite, c’est comment du temps de travail produit du temps de vie et comment chacun de nous est lié à un monde collectif. Toute la question est de savoir ce qui opère ce lien : la solidarité ou l’intérêt privé. Démolir le système des retraites fondé sur la lutte collective et l’organisation solidaire, c’est pour nos gouvernants la victoire décisive. Deux fois déjà ils ont lancé toutes leurs forces dans cette bataille et ils ont perdu. Il faut tout faire aujourd’hui pour qu’ils perdent une troisième fois et que ça leur fasse passer définitivement le goût de cette bataille.

Source

Cet article, publié dans actualités, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

11 commentaires pour En grève

  1. Jacques d. dit :

    https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins/la-france-au-bord-de-limplosion-sociale-emmanuel-todd-est-linvite-des-matins
    Le Todd de mercredi matin n’était pas mal non plus, Erner en serrait les fesses de peur que les robocops du CSA ne lui colle un PV au cul !

    J’aime

  2. Honoré de Zalbac dit :

    « Les trois quarts des Français sont favorables à l’alignement des régimes de retraite du public et du privé et donc à la fin des régimes spéciaux, révèle un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro (23/01) Cette réforme est approuvée massivement par les salariés du privé (84%) mais aussi majoritairement par ceux du public (58%), »
    « D’après cette enquête, 56% des Français demandent la fin de la grève contre la réforme des retraites, ce chiffre est stable depuis le début du mois de janvier. La fin de la grève est notamment demandée par les Franciliens (à 59%)  »
    « La CGT recueille 36% de bonnes opinions contre 62% de mauvaises opinions.  »
    Les sondages F.Inter-Figaro, ça vaut ceux d’Orange, RTL et La tribune, organes comme on sait contrôlés par le Grand Capital

    J’aime

    • journaldejane dit :

      Des chiffres, des chiffres…
      « Réforme des retraites : les cortèges n’ont pas désempli pour la 7e journée de manifestations

      Ils étaient entre 249 000, selon le ministère, et 1,3 million, selon la CGT, à défiler contre la réforme des retraites. Alors que le texte a été adopté en conseil des ministres, une nouvelle mobilisation est prévue le 29 janvier. » Le Monde (« le journal de tous les pouvoirs », dixit Debord)

      J’aime

    • Jacques d. dit :

      Le Figaro ne fait-il pas fi du garrot, ce goulet d’étranglement par lequel la Macronie et ses Walking Dead font passer toute société qu’à leur image ils souhaitent si vile ?

      J’aime

      • journaldejane dit :

        Cet écrasement, ce passage en force, c’est précisément ce que les gens qui soutiennent la macronie apprécient 🙂

        J’aime

      • journaldejane dit :

        « La République française à un gros problème avec celui qui lui sert de président. Celui-ci est désormais perçu massivement par le peuple comme complètement illégitime à en occuper ce poste à diriger le pays.

        Cette situation explique le rejet dont il est l’objet et ce au-delà de la politique mise en œuvre, la corruption qui l’entoure, sa nullité politique, ses traits de caractère insupportables et son arrogance personnelle. Toutes ses interventions quelles qu’elles soient, sont immédiatement disqualifiées avec une rage surprenante. Et il apparaît maintenant d’évidence qu’il ne pourra pas gouverner sans le recours à une répression féroce à l’aide de sa justice, sa police et les lois liberticides que son Assemblée nationale croupion adopte en cadence. Interpellé sur les dérives de son régime Emmanuel Macron a voulu imprudemment nous donner une petite leçon en lançant à la volée « essayez la dictature et vous verrez! », en définissant en parallèle dictature et démocratie. Le problème est que sa description de la dictature colle à son système. Et celle de la démocratie entretient avec le macronisme des rapports étonnamment lointains. Quand par exemple il dit : « Une dictature, c’est un régime ou une personne ou un clan décident des lois », on a envie de lui répondre « mais Monsieur Macron c’est exactement ce qui se passe avec votre Assemblée nationale croupion complètement caporalisée et qui n’a aucun état d’âme à piétiner nos libertés publiques à votre demande. Et quand les sénateurs essaient d’utiliser leurs maigres prérogatives de contrôle, vous et vos hommes de main les insultez et les menacez. »
        Vu du droit

        J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s