Revue de presse

Fête de la musique à Nantes : une charge de la police, deux enquêtes et un disparu

Les organisateurs avaient été prévenus, indique la préfecture de Loire-Atlantique : la musique devait s’arrêter à 4 heures du matin. Dans la soirée, plusieurs stands reçoivent d’ailleurs la visite de policiers, qui leur rappellent la consigne.

A l’heure dite, la police est de retour. La fête est finie. Tous les DJ acceptent de couper le son et commencent à ranger leur matériel. Tous, ou presque. Un témoin présent sur place raconte : «Un sound system a dépassé cet horaire en voulant mettre une dernière musique, pour remercier les gens d’être venus s’amuser.» Un autre témoin donne une version différente : «Le dernier sound system a décidé de relancer le son, ce qui a énervé la police, qui était juste à côté, et remotivé au moins 300 personnes à se rebeller contre les forces de l’ordre.»

La suite des événements est floue. Seule certitude : la compagnie départementale d’intervention (CDI) charge en tenue antiémeute, avec grenade et spray lacrymogène, chiens et matraques. D’après des vidéos publiées par le média local «Nantes révoltée», au moins une personne a été frappée au sol.

Comment expliquer cette déferlante ? Côté préfecture, on nous assure qu’il y a eu des «prises à partie» et des jets de projectile en direction des forces de l’ordre. Qu’un tel «contact un peu violent» dans le cadre d’une «opération de maintien de l’ordre» compliquée par un «contexte de forte consommation d’alcool» – et de drogue – n’a rien d’anormal, a affirmé le préfet sur France Bleu lundi matin. Du côté des fêtards, on reconnaît qu’il y a eu des jets de projectile, au moins après le début de la charge. Ou que le DJ récalcitrant a eu tort de remettre le son. Mais unanimement, on déplore la violence de l’intervention policière. «Le quai Président-Wilson n’a pas de garde-corps, c’est vraiment inconscient d’utiliser ce genre de méthode contre des gens alcoolisés proches de la Loire», déplore un collectif de DJ qui mixaient ce soir-là. «Le truc que je reproche aux flics, c’est d’avoir eu une réaction disproportionnée, ajoute un bénévole également présent sur place. On était là pour faire la fête, on était tous enivrés. Heureusement, les pompiers étaient dans la Loire.»

Car dans la cohue, des gens sont tombés à l’eau. Samedi, au lendemain des faits, les services de police assuraient à Presse Océan que seulement trois personnes avaient chuté. Interrogée par Libération, dimanche, la préfecture en évoquait dix. Lundi, les services de l’Etat dans le département se sont finalement alignés, via Ouest-France, sur le chiffre des pompiers : 14 personnes ont été secourues dans la Loire.

Lundi soir, la préfecture confirmait l’ouverture d’une enquête judiciaire pour disparition inquiétante, à l’initiative du parquet de Nantes. Contacté, celui-ci n’a pas souhaité communiquer pour l’heure sur la procédure en cours.

Impossible, à ce stade, d’établir un lien entre la charge policière et la disparition de Steve C. (Libération)

Affaire Legay: la gendarmerie a refusé d’obéir au commissaire de Nice

La charge au cours de laquelle Geneviève Legay a été blessée était « disproportionnée ». Ce constat est celui de gendarmes dans un rapport du 25 mars qui ont refusé de participer aux opérations le 23 mars à Nice. Mediapart publie des extraits de ce document, preuve de violences policières.

Il s’agit d’un compte-rendu d’opérations de maintien de l’ordre transmis le 25 mars à l’ensemble de la hiérarchie et jusqu’à la Direction générale de la gendarmerie nationale, ayant pour mention : « Observations sur la mission confiée ».

Y sont consignées des divergences sur le dispositif de manœuvre, incompatibilités qui ont conduit le capitaine de gendarmerie à ne pas engager son escadron (près de 70 hommes) dans la charge décidée par le commissaire Rabah Souchi, responsable des opérations, et dont le comportement avait déjà fait l’objet de critiques émanant de syndicats de police.

Lorsque l’ordre est donné d’utiliser la force pour évacuer la place Garibaldi, le samedi 23 mars, les manifestants ne présentent aucun signe d’hostilité envers les forces de l’ordre et par ailleurs aucune violence ni dégradation n’est à déplorer, selon le rapport des gendarmes, qui fait état d’« une foule calme ». Compte tenu de la physionomie des lieux, de la nature et de l’attitude des manifestants, les ordres reçus sont donc jugés « disproportionnés », et il n’y a pas de « nécessité absolue d’utiliser les armes pour charger cette foule ».

À Nice, le capitaine commandant l’escadron a décidé, fait particulièrement exceptionnel, de ne pas engager ses hommes dans une opération impliquant l’usage de la force.

Contacté par Mediapart, le général de gendarmerie Bertrand Cavallier, ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier, tient à préciser qu’« on est dans un cas peu fréquent qui mérite toute notre attention ».

« Il faut toujours garder en tête que le contact avec les manifestants et le recours à la force sont l’ultime réponse. Il existe des dispositions du code pénal et du code de la sécurité intérieure qui encadrent l’usage de la force. Et si cet emploi n’est pas justifié, il est illégal », explique le général, avant de rappeler que « le libre arbitre est primordial et c’est la raison pour laquelle il existe le devoir de désobéir ».

Le code de déontologie de la police et de la gendarmerie précise que ce devoir peut être exercé « dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ». 

De sources proches de l’enquête, le constat d’une foule calme est également rapporté par le commissaire Rabah Souchi lui-même, qui décrit sur la place Garibaldi « la présence d’un groupe d’une cinquantaine de personnes en attente » et « discutant dans le calme ». Cela rend sa décision de charger d’autant plus incompréhensible.

Aux enquêteurs, en revanche, si le commissaire signale avoir donné des instructions au capitaine de gendarmerie, il se garde bien de leur préciser que celui-ci a refusé de les suivre. Tout comme les « brimades » et la « désobligeance » dont il a fait preuve à l’égard de l’escadron, attitude reportée dans le compte-rendu des gendarmes.

Entachée d’erreurs, l’enquête préliminaire, conduite par le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre, avait été confiée à la commissaire divisionnaire Hélène Pedoya, qui non seulement est la compagne du commissaire Rabah Souchi, mais, qui plus est, a participé aux opérations de maintien de l’ordre dirigées par son conjoint, le 23 mars.

Dès le lundi 25 mars, le procureur avait affirmé qu’aucun heurt ne s’était produit entre les policiers et Geneviève Legay, information qu’il avait dû démentir le 29 mars, avant de confier l’enquête à trois juges d’instructions. Maître Arié Alimi, l’avocat de Geneviève Legay, a demandé le dépaysement du dossier, requête qui sera examinée le 10 juillet par la Cour de cassation.

À ce jour, aucun gendarme, à notre connaissance, n’a été auditionné dans le cadre de l’instruction. Ce nouvel élément devrait convaincre les enquêteurs de le faire. Contacté par Mediapart, Arié Alimi se dit « surpris d’apprendre l’existence d’un tel document ». « J’ai pourtant eu accès au dossier, ajoute-t-il, mais vous m’en apprenez l’existence, ce qui implique qu’il n’a pas été porté à la connaissance des juges d’instruction, alors qu’il est la preuve évidente d’une violence policière illégitime sur Geneviève Legay. » (Mediapart)

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4 commentaires pour Revue de presse

  1. journaldejane dit :

    Personnes tombées dans la Loire à Nantes : un syndicat de police dénonce « un ordre aberrant »

    Après la disparition d’un jeune homme le soir de la fête de la musique, à Nantes, la polémique enfle sur la manière dont a été gérée l’intervention des forces de l’ordre. Le syndicat de police SGP-FO a réagi ce mardi 25 juin et « pointe la responsabilité d’un chef de service ».

    Le soir de la fête de la musique, à Nantes, quatorze personnes sont tombées dans la Loire, après une charge des policiers. Un jeune homme de 24 ans, Steve Caniço, a disparu et l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) a été saisie pour faire le point sur les circonstances de l’intervention des forces de l’ordre.
    « La confrontation assurée »

    Le syndicat de police SGP-FO a réagi, ce mardi 25 juin, et « pointe la responsabilité d’un chef de service. Intervenir sans tenir compte du rapport de force, à 15 contre plusieurs milliers de personnes, qui, à 4 h 30 du matin, sont forcément dans un état éthylique et/ou stup avancé, dans l’incapacité de raisonner ou comprendre l’intervention de la police un soir de fête de la musique : c’était la confrontation assurée ! »

    Le syndicat insiste et évoque « une faute grave de discernement, un ordre aberrant, mettant d’abord nos collègues en danger, et les usagers. […] Ce n’était pas des casseurs mettant Nantes à sac nécessitant donc d’intervenir immédiatement. Il s’agissait de fêtards ».

    Il rappelle également que « le quai de Loire est sans protection, l’endroit par définition ou il ne faut pas charger… »
    « La responsabilité du donneur d’ordre »
    (Ouest France)

  2. journaldejane dit :

    Grenades, chiens… Que montre la vidéo de l’intervention de la police à Nantes lors de la Fête de la musique ?
    La Fête de la musique a viré au drame à Nantes. Samedi 22 juin au petit matin, au moins 14 personnes sont tombées dans la Loire, sur le quai Wilson, après une intervention des forces de l’ordre. La police nationale a lancé un appel à témoin à la suite de la disparition d’un jeune homme et le ministre de l’Intérieur a saisi l’IGPN pour enquêter sur cette affaire.
    « Les gens étaient coincés »

    Dans la vidéo, on voit des policiers de la compagnie départementale d’intervention en uniforme, avec casques et boucliers, en train de disperser les fêtards encore présents. Des grenades de désencerclement sont lancées, comme le prouvent les douilles retrouvées sur place. Les forces de l’ordre usent de leurs matraques et de sprays de gaz lacrymogène contre des personnes. Des chiens sont aussi utilisés par des policiers, comme on peut le voir sur une autre vidéo, diffusée par Ouest France. L’association FreeForm évoque aussi l’usage de LBD.

    Sur la vidéo diffusée par Nantes révoltée, filmée dans la pénombre et la fumée, la situation semble confuse, entre les charges des policiers et les cris du public. On aperçoit des personnes traînées au sol, d’autres qui se retrouvent sur les blocs de pierre installés sur le quai, qui ne possède pas de garde-corps. Certains fêtards semblent complètement paniqués.

    « Les gens étaient coincés, sans aucun moyen de s’échapper, explique une femme présente sur les lieux à 20 Minutes. Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment eu peur devant la police. » D’autres se souviennent d' »un déluge de lacrymo » ou encore de chiens « lâchés » sur les gens. « J’ai vu des personnes tomber à l’eau qui criaient pour que les bateaux des secours viennent les chercher », affirme Aliyal, une étudiante, au Monde. Au total, 14 personnes ont été secourues dans la Loire au cours de la nuit, et un jeune homme est toujours recherché.
    « Les forces de l’ordre interviennent toujours de manière proportionnée, relativise le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt, sur France Bleu Loire Océan.

    (France info)

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