Lu

David Dufresne, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel (Seuil)

J’ai pris un grand plaisir à la lecture de ce livre. Trois obstacles m’avaient fait hésiter : Brel, Vesoul, l’actualité des gilets jaunes. Brel, on a aimé ses chansons romantiques et révoltées à l’adolescence pour ensuite regretter cet engouement au point de ne plus pouvoir les écouter sauf une, Vesoul précisément (pas trop ambitieuse, une « chansonnette » comme disait Brel lui-même, et une interprétation rock n’ roll). Vesoul, c’est la destination de l’auteur qui écume les bistrots et les hôtels sur les traces du chanteur ; une enquête qui est aussi un prétexte pour rencontrer des gens sur une place déserte ou dans un centre commercial. Dufresne livre une description précise et sans caricature d’une ville moyenne en train de s’enfoncer, tellement emblématique de la « France des territoires » qu’on pourrait croire que le projet du livre est né il y a un mois. C’est le genre d’endroit perdu dont les rédactions parisiennes ont découvert l’existence lorsque ses habitants en ont eu assez d’être ignorés et méprisés. Le principal intérêt de ce reportage de terrain à l’américaine dans le style « journalisme littéraire »  ne réside pas dans son côté prémonitoire (Dufresne s’étonne à un moment de l’apparente passivité des habitants face aux insultes venues du pouvoir central et il n’a aucune vision de rond-point occupé). Non. Ce qui frappe, c’est l’épaisseur humaine des personnes croisée et décrites avec justesse par l’auteur*. En résumé, les trois prétendus obstacles se sont avérés être les trois bonnes raisons de lire ce livre.

*Qui a par ailleurs sonné l’alarme devant l’ampleur des violences policières à un moment où les journalistes regardaient pudiquement ailleurs

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4 commentaires pour Lu

  1. journaldejane dit :

    « Car ce « mouvement de beaufs poujadistes et factieux » (Jean Quatremer), conduit par une « minorité haineuse » (Denis Olivennes), est volontiers assimilé à un « déferlement de rage et de haine » (éditorial du Monde) où des « hordes de minus, de pillards » « rongés par leurs ressentiments comme par des puces » (Franz-Olivier Giesbert) donnent libre cours à leurs « pulsions malsaines » (Hervé Gattegno). « Combien de morts ces nouveaux beaufs auront-ils sur la conscience ? », s’alarme Jacques Julliard. »
    « Lutte de classes en France », Serge Halimi & Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/02/HALIMI/59568

  2. Anonyme dit :

    Mouais …

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