Revue de presse

« Les médias n’agissent pas que par obéissance, mais par perplexité et bêtise, parce qu’il leur manque une case : la case politique. Habitués à commenter des stratégies électorales, ils ne comprennent pas quand émerge un fait politique, ils ne le voient pas. Ils répètent que le mouvement n’est pas politique (alors qu’il n’est pas partisan, ce n’est pas la même chose). À la place, on le moralise (la violence, c’est mal !), on le judiciarise. On le scinde : les bons manifestants (qui se tiennent sages) et les mauvais (qui cassent). On parle de casseurs en mélangeant les pilleurs qui en profitent et les manifestants en colère qui se demandent jusqu’où ils sont prêts à aller. Pire encore : on militarise le conflit. Les médias ont parlé de scènes de guerre (quand parfois brûlaient juste une poubelle et un sapin de Noël), fantasmé la guerre civile, épouvantail agité par un État irresponsable qui comptait bien monter les uns contre les autres («il va y avoir des morts !»). La police a sorti les chiens, joué aux cow-boys avec ses LBD40, des flash-balls augmentés. Un quart de Paris a été transformé en ville morte, 46 stations de métro fermées le 15 décembre. Il fallait y être pour voir les gilets jaunes transformés en âmes errantes cherchant un endroit où se retrouver. Et on s’étonne de la colère du peuple alors qu’on le traite en ennemi ? » (Stéphane Delorme, « Une France qui se tient sage », Les Cahiers du Cinéma)

« Il faut bien saisir l’ampleur de la trahison que cela représente et l’hypersensibilité que ça peut créer chez les gens : le modèle qu’on nous a vendu depuis un siècle, celui de l’individu qui s’accomplit en étant propriétaire de sa maison et de sa voiture, qui a un travail décent et qui vit bien sa vie en se levant tous les matins pour aller bosser, ce modèle-là sur lequel Nicolas Sarkozy a beaucoup surfé avec sa France des gens qui se lèvent tôt et sa politique d’accession à la propriété, tout ce modèle-là on déclare tout à coup qu’il n’est plus possible économiquement et qu’il est dangereux écologiquement, qu’il faut donc se sentir coupable d’être à ce point écologiquement irresponsable, d’avoir suivi des décennies d’incitation à suivre ce modèle. Vrai ou pas vrai, l’effet de ce discours est terrible. » (Entretien avec Samuel Hayat, Grozeille)

« Le rêve américain, les promesses du confort bourgeois : tout ce qui a été un leurre à la croissance des Trente Glorieuses est devenu une mécanique de mort programmée. Non, décidément, le confort n’est pas fait pour les masses, ça coûte un pognon de dingue et c’est anti-écologique. Petit à petit, les promesses d’un avenir meilleur se sont envolées : finie la méritocratie, on peut être chômeur et diplômé, fini le plein emploi, c’est un truc qui va avec le pétrole gratuit, finie l’éducation de qualité pour tous, seule l’élite peut payer son diplôme du ghetto, finie la propriété, le logement est devenu un luxe, tout comme l’alimentation saine et le voyage.

Un seul mot d’ordre pour sauver les meubles : il faut réapprendre aux pauvres ce que c’est que « d’être pauvre », qu’ils retrouvent leur place et ils obéiront. Pour se faire, il faut sacrifier sur l’autel du progrès la classe moyenne et faire entrer la catéchèse du nouveau monde dans les esprits, à coup de matraque.

C’est donc une fin de partie délicate qui se joue en acte, chaque samedi en jaune et depuis plus d’un mois, des refuzniks d’un nouveau genre, résistants de la classe moyenne, contre les bénéficiaires de l’ordre établi, qui n’ont aucun intérêt à le changer, sauf à en tirer un plus grand bénéfice. » (« Fin de partie, le monde moderne)

 

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6 commentaires pour Revue de presse

  1. journaldejane dit :

    La parole est à Joseph de Stal 🙂

  2. journaldejane dit :

    Je copie un statut de Bill sur fb. Je suis d’accord avec.
    « Certaines personnes se sont fait une idée tranchée très vite, dès le premier jour. Alors qu’on voyait surgir ce truc inédit en essayant de comprendre qui était derrière, ils étaient déjà campés dans un rejet massif (« ce mouvement me débèquete » ou « ce sont des réacs »). Le plus fort, c’est qu’ils n’ont pas changé d’avis par la suite. Pour eux, ce mouvement est fascisant et rien ne pourra les faire dévier de cette conviction. C’est un enseignement en soi. »
    Il ajoute en commentaire : »On pourrait développer en constatant qu’ils semblent insensibles aux violences policière, au matraquage judiciaire, etc. Mais c’est inutile. Il suffit de comprendre que toute la pseudo réalité est filtrée par une décision préalable. C’est très intéressant de pouvoir observer ce phénomène grâce aux réseaux sociaux. »

  3. Anonyme dit :

    Joseph n’y voit bien évidemment que les relents de la gauche rance, celle qui pelotonnée sous son édredon rêve de révolution, cette fameuse révolution qui rendra le peuple heureux et l’amènera à baiser les pieds de ses nouveaux maîtres bienfaiteurs (de gôche toujours)
    Le peuple s’en fout et ira voter Marine Le Pen.
    Joseph quant à lui est de gauche et croit que rien n’est au dessus de l’intelligence et du savoir.
    Bon. je posterais bien une petite vidéo de Born to loose histoire de détendre l’atmosphère…

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