Lu

Au-delà de trois ou quatre pages, il faut s’arrêter parce que c’est trop fort. Nous n’avons pas été habitués à ça. Les souvenirs de l’auteur (misère à Paris, violences de la guerre en Algérie, brutalité répressive de l’armée) ne sont pas « racontés » ; ils sont retranscrits par le  style, une écriture au plus près des sensations physiques. C’est ce qui fait toute la différence avec le roman bourgeois traditionnel, insipide, euphémisé, aseptisé, vaguement agréable à lire et vite oublié. Là, c’est du corsé, ça sent fort (le mot « remugle » revient souvent). Il ne s’agit pas d’une lecture d’évasion pour manager surmené mais d’un livre qui vous prend aux tripes et qui vous suit longtemps. On avait oublié que la littérature pouvait produire des chocs si intenses. On mesure également à quel point le vrai sujet du livre, c’est la langue (la formule est de Claude Simon). En ce qui concerne Guyotat, on peut dire un peu plus précisément que le sujet est l’expérience du corps retranscrite avec la plus grande exactitude possible par le jeu de l’écriture. Ce n’est pas de l’autobiographie, c’est de l’art. A mon avis, il serait dommage de passer à côté de ce livre qui fera date.

Pierre Guyotat, Idiotie, Grasset, 2018

Je venais d’écrire ces lignes lorsque j’ai appris qu’Idiotie venait de se voir attribuer le prix Médicis. Un « prix Femina spécial » avait déjà été décerné à l’écrivain en début de semaine.

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