Lecture

Frontispice d’une édition de 1944 d’Adolphe, de Benjamin Constant. Illustration de Ferdinand Fargeot.

« Le jour s’affaiblissait : le ciel était serein ; la campagne devenait déserte ; les travaux des hommes avaient cessé, ils abandonnaient la nature à elle-même. Mes pensées prirent graduellement une teinte plus grave et plus imposante. Les ombres de la nuit qui s’épaississaient à chaque instant, le vaste silence qui m’environnait et qui n’était interrompu que par des bruits rares et lointains, firent succéder à mon agitation un sentiment plus calme et plus solennel. Je promenais mes regards sur l’horizon grisâtre dont je n’apercevais plus les limites, et qui par là même me donnait, en quelque sorte, la sensation de l’immensité. Je n’avais rien éprouvé de pareil depuis longtemps : sans cesse absorbé dans des réflexions toujours personnelles, la vue toujours fixée sur ma situation, j’étais devenu étranger à toute idée générale ; je ne m’occupais que d’Ellénore et de moi ; d’Ellénore qui ne m’inspirait qu’une pitié mêlée de fatigue, de moi, pour qui je n’avais plus aucune estime. Je m’étais rapetissé, pour ainsi dire, dans un nouveau genre d’égoïsme, dans un égoïsme sans courage, mécontent et humilié ; je me sus bon gré de renaître à des pensées d’un autre ordre, et de me retrouver la faculté de m’oublier moi-même, pour me livrer à des méditations désintéressées: mon âme semblait se relever d’une dégradation longue et honteuse. » Benjamin Constant, Adolphe

Ce livre, je le déguste lentement. D’abord parce qu’il s’agit d’un livre numérique et que je ne peux lire longtemps sur un écran avec la concentration requise (alors que je peux sans problème regarder et parcourir des conneries ). Mais la vraie raison est ailleurs. Un passage comme celui-ci suffit à mon bonheur ; je ne souhaite pas le gaspiller par une trop grande avidité. Cette lecture lente me fait penser à celle que nous imposaient les exercices de Français dans le monde d’avant, lorsqu’on nous exposait aux finesses et aux beautés de la langue à partir d’extraits. J’adorais par-dessus tout l’exercice de « l’explication de texte » et ses questions du genre « Comment l’auteur suggère-t-il l’idée d’infini ? »  Il fallait relire lentement le passage, noter des mots, identifier les éléments de la phrase qui pouvaient évoquer une idée, un sentiment.

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3 commentaires pour Lecture

  1. gompo dit :

    lol, good girl, nostalgique de l’école…

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  2. Ad Hoc dit :

    Pour ma part, je préférais la rédac’ ou plus tard la dissert’, car je n’ai jamais rien compris au concept de commentaire, pensant que le texte était déjà lui-même une explication.

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