Lecture

Le roman de Benjamin Constant figurait dans une liste des livres préférés d’André Breton, ce qui a déclenché l’envie de le lire. J’oubliais de l’inclure dans mes commandes, jusqu’au jour où j’ai réalisé que les classiques étaient disponibles sur le web. J’ai téléchargé le livre en quelques clics et aussitôt commencé la lecture. Dés les premières pages, j’ai apprécié le style, le rythme, la ponctuation. La justesse des observations semble inséparable de la limpidité de l’écriture. J’y vois une expression de l’esprit français évoqué lors d’une discussion.

Extraits :

« Je lisais de préférence dans les poètes ce qui rappelait la brièveté de la vie humaine. Je trouvais qu’aucun but ne valait la peine d’aucun effort. Il est assez singulier que cette impression se soit affaiblie précisément à mesure que les années se sont accumulées sur moi. Serait-ce parce qu’il y a dans l’espérance quelque chose de douteux, et que, lorsqu’elle se retire de la carrière de l’homme, cette carrière prend un caractère plus sévère, mais plus positif ? Serait-ce que la vie semble d’autant plus réelle que toutes les illusions disparaissent, comme la cime des rochers se dessine mieux dans l’horizon lorsque les nuages se dissipent ? »

« Je n’avais de haine contre personne, mais peu de gens m’inspiraient de l’intérêt; or les hommes se blessent de l’indifférence, ils l’attribuent à la malveillance ou à l’affectation; ils ne veulent pas croire qu’on s’ennuie avec eux, naturellement. Quelquefois je cherchais a contraindre mon ennui; je me réfugiais dans une taciturnité profonde: on prenait cette taciturnité pour du dédain. D’autres fois, lassé moi-même de mon silence, je me laissais aller à quelques plaisanteries, et mon esprit, mis en mouvement, m’entraînait au-delà de toute mesure. Je révélais en un jour tous les ridicules que j’avais observés durant un mois. »

 

 

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2 commentaires pour Lecture

  1. Ad Hoc dit :

    C’est avec ce livre que le roman entre « en analyse », qu’il dépasse l’étude de caractère pour pénétrer le moi. De même que c’est avec Stephen Shore (et William Eggleston) que la photographie en couleur s’impose comme un art. Dans les deux cas, que ce soit une chose ou une âme, on la saisit dans sa nudité.

    Pour l’esprit français, je souscris. A cette époque, même si nous nous aimions mal, nous savions nous écrire. Cela nous excusait un peu.

  2. vinosse dit :

    Ma taciturnité… ma taciturnité… longtemps je t’ai rêvée…

    Je sais pas si Moustaki en aurait fait une chanson…

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