La gloire des vaincus

14juillet« L’écriture est une vieille manie qui nous vient d’Homère. Les boucliers étincellent, les fronts scintillent. Depuis, le jeu d’écrire est hanté par ce mot mystérieux, la gloire, qui est peut-être le nom secret de la poésie. Nous héritons d’une technique ancienne, l’écriture, que nous émancipons lentement des premiers services qu’elle a rendus aux princes : compter et conter. Lorsque dans Anna Karenine, Tolstoï nous montre un grand propriétaire terrien, Levine, en train de comparer le prix que lui coûte la livrée de ses laquais avec les salaires misérables de ses ouvriers, nous voici plongés dans les eaux glacées du calcul dont parle Marx. Ce passage dégrise. La littérature a pour vocation de nous dégriser. Mais ne serait-il pas dommage de la dépouiller de cette gloire qui a tant servi les puissants, au moment où elle pourrait être, enfin, au service de tous ? »

Cet extrait pour donner envie de lire la discussion avec l’écrivain Eric Vuillard ici.

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