Laisse aller c’est une valse

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Gabriela Manzoni

Je venais de lire dans Vanity Fair un texte de Robbie Robertson intitulé « The Making of The Last Waltz »*. J’étais dans la cuisine, écoutant distraitement la radio. A un moment, la présentatrice a dit que le jury de Stockholm était en direct en conférence de presse. Une voix de femme a déclaré dans une langue incompréhensible : « Shing detklop djjljp ich Bob Dylan. » Incompréhension dans le studio. Ils ont repassé la déclaration. C’était bien ça… Flottement chez la présentatrice et, encore plus perceptible, chez l’écrivain invité qui a sorti sur un ton légèrement dépité : « Et bien il ne me reste plus qu’à me pencher sur les textes de Dylan. »Comme l’a écrit Arnaud Viviant (sur Facebook) : « On est vraiment gêné pour celles et ceux qui ne comprennent pas que le prix Nobel de littérature soit remis à Bob Dylan. »

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20 commentaires pour Laisse aller c’est une valse

  1. Claude dit :

    Comme le dit ma compagne, à l’annonce du Nobel de Littérature attribué à Bobby, des légions de scribouillards aussi arrogants qu’ennuyeux ont avalé le 4e de couverture de leur dernier navet.😉

    • journaldejane dit :

      Approved.
      Même des pas trop mauvais – comme Michon (qui se la raconte quand même beaucoup) – n’ont pas digéré le coup. Qu’est-ce qu’on se marre…

      • Claude dit :

        Le complexe du « Grantécrivain » à la française, c’est quelque chose. Qu’une voix majeure puisse être issue d’un genre dit mineur (le songwriting folk-rock) est quelque chose que le « Grantécrivain » ne peut pas comprendre et donc accepter.

  2. Qu’est-ce que c’est drôle, les réactions outrées de ces gendelettres comme Pierre Assouline (« il n’a pas d’oeuvre » : il est sourd ou quoi ?) ou Annie Ernaux (dont le dernier ouvrage est consacré à ses courses chez Auchan), qui révèlent leur inculture crasse ! Enfin quoi, il suffit d’écouter ou même lire les paroles de « All along the watchtower », « Hurricane », ou « it’s alright, Ma » pour constater la force littéraire de Dylan.

    • jacques d. dit :

      Annie Ernaux ?! Au secours ! Pourquoi pas Delly ou Mazo de La Roche voire Max Du Veusit.

    • Claude dit :

      Trop de gendelettres méprisent encore les musiques qu’on aime, incapables de concevoir que l’on puisse goûter la prose de Faulkner, Kafka, Huguenin ou Mishima ET écouter les Cramps, Wilson Pickett, Mark Lanegan…

      • journaldejane dit :

        On avait oublié qu’ils étaient aussi cons. Merci à eux de nous l’avoir rappelé.

      • jacques d. dit :

        Il m’arrive d’écouter la radio de service public, notamment France Musique et d’y entendre là de ces « gendelettres », auteur(e)s autoproclamé(e)s faire étal, parce qu’invité(e)s pour cela, de leur goût en matière de musique ; et là toujours, puisque l’on est entre gens de bonnes manières, il s’agit d’y montrer, ostentation matoise, son pouvoir à s’épancher sur Schubert, Mahler, Schumann, Bach (passage obligé, de préférence les « suites pour violoncelle » dans une version historique), un peu de Boulez pour la modernité sans oublier toutefois une gentillette sonate mozartienne ; et puis, à la fin de l’émission radiophonique (du genre « passe-moi-le-sel » ), coup de théâtre à peine convenu, l’invité(e), l’auteur(e) place dans sa programmation une petite chanson, tout en minaudant, osant l’apocalypse enveloppée toutefois dans du papier de soie, annonçant la chose en s’excusant de pareille faute de goût mais qui souligne toutefois la dimension « humaine trop humaine » de l’invité(e), de l’auteur(e), se tortillant de joie honteuse derrière le micro un peu comme s’il ouvrait sa braguette, comme si elle relevait sa jupe… Et là, on a droit à quelque chose du genre Marianne Faithfull mais Marianne Faithfull chantant Brecht ou alors « le cantique des cantiques » par Bashung ou Etienne Daho (mais pas Marc Ogeret) dans « le condamné à mort » de Genet mais jamais « goo goo muck » par les Cramps ou « the Blob » par les Five Blobs ou « she said » par Hasil Adkins alors que peut être, sous la douche ou en passant l’aspirateur, il ou elle se déhanche comme un(e) malade sur ces titres là ! Mais non, trois fois non, les « gendelettres » ignorent les titres pour juke box où Bob Dylan devait éternellement stagner, bourdonnant Guantanamo implacablement verrouillé par nos « gendelettres ».

  3. jacques d. dit :

    allez tiens je remets une pièce dans le juke box !

  4. Claude dit :

    Etonnante cette reprise et sympathique sur la b.o. d’un dimanche matin.
    J’aimerais savoir ce que Philippe Garnier pense du Nobel attribué Dylan, lui qui fut et reste pour notre génération un passeur inégalé entre le rock’n’roll et la littérature nord-américaine.

  5. journaldejane dit :

    « Les contempteurs du prix citent abondamment le commentaire de l’écrivain américain Gary Shteyngart, .«Je comprends totalement le comité du Nobel. C’est dur de lire des livres». A quoi je rétorquerai, ce n’est pas plus facile d’écouter, d’écouter vraiment, qui plus est des textes souvent difficiles. Mais il est clair que ceux qui s’étranglent de vertueuse indignation face à l’audace et la prescience du comité du Nobel n’ont pas écouté , comme d’autres ne lisent pas. Ils tirent sur une image, celle d’un protest singer des années soixante, « chanteur pop » et autres clichés, entonnant pour toujours Blowing in the Wind …  » Extrait d’un excellent texte de Gilles Farcet, qui s’y connait en poésie ET en dylanophilie (https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1117270341688151&id=387188238029702)

  6. damiendesable dit :

    Hypothèses intéressante d’Antoine Compagnon : Dylan est aussi, pour le jury Nobel,un choix politique : la poésie, l’intelligence, la discrétion, l’intégrité, une certaine idée de la culture américaine qui en font l’anti-Trump.

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