Matraquage (2)

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Photographie : Louis Witter

« Il faut penser les violences policières, non comme un dommage collatéral, mais comme une pièce maîtresse du dispositif sécuritaire qui accompagne la mise en place de l’ordre néolibéral. Il faut aussi parler de l’expérience d’insécurité que beaucoup vivent à cause de l’État, et non malgré ses efforts. Si nous vivons dans un état d’insécurité, c’est que nous sommes confrontés à un État sécuritaire. Pour comprendre ce qui nous arrive, il convient de mesurer, non pas seulement la continuité avec les lendemains du 13 novembre, mais aussi le retournement qui est en train de s’opérer. Rappelons-nous en effet les discours de l’époque : dans les rues et les cafés, avec notre jeunesse, nous disait-on, c’est notre mode de vie qu’on attaquait ; et de célébrer à l’envi la civilisation conviviale des terrasses en opposant l’art de vivre de « l’apéro » à la culture de mort des terroristes, bref, les bulles aux balles. Les jeunes, c’était « nous » – notre réponse à « eux ». Ne disait-on pas qu’à l’instar d’un Anders Breivik, dont ils sont effectivement l’image en miroir, ces « islamistes » s’en prenaient, non pas à la France rance du racisme et de la xénophobie, mais précisément à une jeunesse généreuse, ouverte aux « autres » ? Depuis des années, à droite mais aussi à gauche, on avait pourtant dénigré le « bobo » pour ce qu’il incarne – tant dans son mode de vie que du fait de ses valeurs humanistes, taxées de « droits-de-l’hommistes ». Sa réhabilitation, après le 13 novembre, aura été de courte durée. Aujourd’hui, c’est la même jeunesse qui exaspère nos gouvernants. Sans doute nous explique-t-on que la répression vise les casseurs, plutôt que les élèves des lycées et les étudiant.e.s des universités ; mais alors qu’on épargne les premiers, ce sont les seconds qui sont aspergés de gaz lacrymogènes, matraqués, arrêtés, ce sont des « jeunes » qu’on blesse, voire qu’on éborgne. Tout se passe comme si le jeune « bobo », de menacé, devenait menaçant. L’emblème de ce renversement, c’est bien sûr la place de la République : loin d’être en danger, avec Nuit Debout, la jeunesse est désormais présentée comme un danger ; la police n’est plus là pour la protéger, mais pour la réprimer. » Éric Fassin (ceci est un extrait, l’article est à lire en entier ici)

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2 commentaires pour Matraquage (2)

  1. Joseph DeStale dit :

    Le délire complotiste encore et toujours, les grands mots qu’on sème au vent en se drapant de sa probité. La violence comme arme politique, ça s’appelle du terrorisme. Faut assumer camarade

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