Les nuits bleues

didion« Le temps passe.

Oui, d’accord, une banalité, bien sûr que le temps passe.

Alors pourquoi est-ce que je le dis, pourquoi l’ai-je dit plus d’une fois ?

L’ai-je dit de la même façon que je dis que j’ai vécu la majeure partie de mon existence en Californie ?

L’ai-je dit sans entendre ce que je dis ?

Se peut-il que j’aie voulu dire plutôt ceci : Le temps passe, mais pas de manière assez agressive pour que quiconque s’en avise ? Ou même : Le temps passe, mais pas pour moi ? Se peut-il que j’aie oublié de prendre en compte la nature générale ou la permanence du ralentissement, les changements irréversibles dans l’esprit et le corps, le processus qui fait qu’on se réveille un matin d’été moins solide qu’on ne l’était et qu’avant Noël on se retrouve incapable de se mobiliser, toutes forces disparues, atrophiées, désormais inexistantes ? Le processus qui fait qu’on vit la majeure partie de son existence en Californie, et ensuite plus ? Le processus qui fait que la conscience de cette fuite du temps – de ce ralentissement permanent, de cette solidité qui s’effrite – se démultiplie, se métastase, devient la texture même de la vie ?

Le temps passe.

Se peut-il que je n’y aie jamais cru ?

Ai-je cru que les nuits bleues pourraient durer à jamais. »

Joan Didion, Le bleu de la nuit (Grasset)

Musique : Pete Townshend

Publicités
Cet article, publié dans Journal, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s