Ellul contre la société technicienne

« La technique ayant détruit tout ce que l’homme considérait ou appelait le sacré, dans la nature etc., l’homme est spontanément amené à regarder la technique comme du sacré. » (à 19:20)

« Tout ce qu’on demande dans la technique, c’est précisément « ne réfléchissez pas », « ayez des réflexes ». » (à 25:05)

« C’est lorsque nous prenons conscience de ce qui nous détermine que nous faisons le plus grand acte de liberté. » (à 45:20)

« La recherche du sens implique une mise en question radicale de la vie moderne. Pour retrouver un sens, il faut mettre en question ce qui n’a pas de sens. Or, nous sommes entourés d’objets qui sont actifs, qui sont efficaces, mais qui n’ont pas de sens. » (à 47:50)

Il n’est pas trop tard pour découvrir ou redécouvrir Jacques Ellul, qui écrivit, en compagnie de Bernard Charbonneau, ceci : « Le moyen de réalisation de la concentration est la technique : non pas procédé industriel, mais procédé général. Technique intellectuelle : fixation d’une intelligence officielle par des principes immuables, souvent émanés de Renan (facultés, fichiers, musées). Technique économique : érection d’une technique financière devenue tyrannique par la fatalité économique – développement de l’économie par elle-même (science autonome, en dehors de la volonté humaine). Technique politique : un des premiers domaines atteint par la technique : diplomatie, etc., vieilles règles du parlementarisme. Technique juridique : par les codifications néfastes. Technique mécanique : par un développement intense de la machine, hors de considération des besoins effectifs de l’homme, seulement parce qu’au début avait été posé le principe de l’excellence de la machine. » Extrait de Directives pour un manifeste personnaliste (1935)

Envie d’un peu de lecture pour le weekend ? Il y a d’abord cet article, dont j’ai tiré le texte ci-dessus. Si vous souhaitez approfondir un peu, la maison vous recommande également « La décroissance selon Jacques Ellul et Bernard Charbonneau« .

PS : comme disent les lucides-résignés, il est probablement « trop tard ». Cela n’empêche pas d’avoir quelques éléments de compréhension pour accompagner dignement la lente, l’interminable agonie de l’économie spectaculaire-marchande.

 

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10 commentaires pour Ellul contre la société technicienne

  1. journaldejane dit :

    « Comme chez J. Habermas, on retrouve chez J. Ellul la critique du fondement idéologique du positivisme – érigé en dogme par la conscience technocratique, la dénonciation de l’optimisme scientiste et des implications normatives des méthodes empiriques. »

  2. Daniel DURET dit :

    C’est bien tout ça… Je trouve qu’il y a de l’Ellul en moi… Quand je vomis toute cette génération d’adorateurs de la nature devant laquelle ils ne font que se prosterner comme devant n’importe quelle idole d’une société technico industrieuse et spectaculaire: en tant que moyen de se montrer.

    • journaldejane dit :

      Oui, Ellul c’est bien. Surtout quand on voit ce que sont devenus les bouffons appelés « Verts ». Il était contre la création d’un parti et sur ce point aussi il avait vu juste.

  3. journaldejane dit :

    « Ce n’est pas d’un dimanche à la campagne que nous avons besoin, mais d’une vie moins artificielle. » Bernard Charbonneau

  4. mimosas du cap dit :

    ces parpaillots réformés de la réforme … 🙂

  5. Daniel DURET dit :

    Malgré un vocabulaire abscons et des pages illisibles (par exemple p322), beaucoup de gens devraient lire ce qu’on peut considérer comme un délire pénible et répétitif, mais qui a l’intérêt de pousser jusqu’au bout les conséquences (religieuses) de positions qu’on retrouve largement dans l’écologie et les discours technophobes, tout comme chez les critiques de l’aliénation ou les discours élitistes qui se croient subversifs, tous ceux enfin qui se voudraient effectivement les sauveurs du monde (et ils sont nombreux). Le plus tragique, en effet, c’est que tous ces utopistes à côté de la plaque sont de nouveau près à s’allier avec les pires populistes et réactionnaires au nom de leurs rêves de retour au passé et d’une nature idéalisée, sinon de croyances ouvertement religieuses, sans voir qu’ils prêtent ainsi main forte à des périls bien plus grands et qui n’ont rien d’imaginaires cette fois !

    A lire dans la dernière note de Jean ZIN:
    http://jeanzin.fr/2014/06/06/heidegger-sauveur-du-monde/#more-8401

    • journaldejane dit :

      « Ellul a été souvent classé, à tort, dans les technophobes, source de contresens majeur sur ses analyses. Pour lui, la technique n’est ni bonne, ni mauvaise ; elle est ambivalente. On ne peut dissocier ses effets positifs des effets négatifs, ses effets prévus de ses effets imprévus. Mais surtout, la technique n’est pas neutre : ce n’est pas l’usage qui va être fait de telle ou telle technique qui en définit la caractéristique pour la communauté humaine. Une technique se définit par sa « notice d’utilisation » que l’usager va respecter ou ne pas respecter. Une technique ne peut être utilisée que selon ses propres règles. En retour, elle exige une indispensable conformité du comportement humain à son mode d’emploi. »
      « A condition de dépasser le vocabulaire propre à Heidegger, il est loisible de trouver des convergences importantes avec la démarche d’Ellul. Pour Heidegger ce ne sont pas les instruments techniques, ni même les dégâts qu’ils provoquent, qui sont essentiels. L’important pour comprendre la technique c’est d’appréhender son essence. De son côté, Ellul met bien l’accent sur le système technicien qui transcende chaque appareil ou chaque domaine technique. Le ressort de la technique est l’efficacité dont on peut dire qu’elle est le fruit d’un calcul pour faire le lien avec la terminologie du philosophe. Le caractère totalisant de la technique est exprimé par les deux auteurs. Le reproche fondamental qu’Ellul adresse à la technique est celui d’entraver la liberté de l’homme ; il aurait pu écrire la phrase ci-dessus où Heidegger déplore l’asservissement des humains par la technique. Face à ce danger, Ellul souhaite l’avènement d’un « homme capable d’utiliser les techniques et en même temps de pas être utilisé par elles, de ne pas être intégré, de ne pas être entièrement subordonné aux techniques ». Illustration concrète : Ellul s’est toujours interdit l’usage de l’automobile. On retrouve chez Heidegger cette idée de mise à distance de la technique. »
      Un article clair sur proximité et différences entre les deux ici.

  6. 50phik4 dit :

    Merci pour ces extraits. Je suis assez ravie qu’on redécouvre en ce moment l’un des plus grands penseurs du vingtième siècle. Le lire il y a une vingtaine d’années m’a profondément libérée. J’avais enfin sous mes yeux un philosophe capable de dire avec clarté, justesse, tout ce que je ressentais confusément. Ellul était prophétique, car la justesse de pensée est prophétique…
    (Sinon, d’acc’ avec vous pour les Verts. Finalement, c’est le même problème qu’avec « La subversion du christianisme » : dès qu’on structure un groupe dans le temporel, on risque de perdre l’essence même de ses idées…)

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