Conversation avec Jacques Rancière

« Au fond, la rupture ce n’est pas de vaincre l’ennemi, c’est de cesser de vivre dans le monde que cet ennemi vous a construit. Ce thème du «ne rien faire», l’art va le découvrir en sortant du régime de l’action et de l’expression pour se concentrer sur des moments où il ne se passe rien. Hegel est un pionnier quand il parle de ces petits mendiants de Murillo, pas du tout parce qu’ils représenteraient la vie du peuple, mais parce qu’ils ne font rien, parce qu’ils sont comme des petits dieux. Il y a une correspondance entre cette espèce de promotion de l’indifférence, de l’indéterminé dans l’art et un mouvement d’émancipation populaire au centre duquel il y a à la fois la conquête du loisir et l’entrée dans un univers où le loisir n’est plus simplement le repos entre deux jours de travail. Et puis on sait que malgré tout, au XIXe siècle, tous les modèles insurrectionnels ont été plus ou moins dépendants d’autre chose, de ce rêve du moment où la société tout entière se met en grève. » (source)

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4 commentaires pour Conversation avec Jacques Rancière

  1. Zoë dit :

    j’aime cette idée de « promotion de l’indifférence »…Se détacher, porter un regard d’ethnologiste sur ce et ceux qui nous entoure(nt), ceux qui adhèrent…Se dire que non non nous ne voulons pas être (et nous ne sommes pas) comme eux, tout en étant conscient que malgré tout le flot nous entraîne et que nous sommes contraints de faire des concessions (mais le moins possible quand même 🙂

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    • journaldejane dit :

      Ses textes sur l’esthétique, sur l’éducation, sur les luttes sociales, vous décapent sérieusement les neurones de la crasse idéologique libérale accumulée par les « philosophes médiatiques », les commentateurs officiels de l’ordre existant. Oui, ce qu’il dit peut éveiller en chacun un écho.

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  2. Sophie K. dit :

    En tout cas, c’est réconfortant, comme texte. Ça dénoue cette culpabilité chronique, cette affirmation de l’inutilité de l’être à partir du moment où il serait improductif. J’ai toujours pensé que la vie, c’était avant tout contempler et comprendre, le plus possible dans les deux cas.

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