« Hendrix annonça ce monde à venir »

« Hendrix, dans une sorte de prescience, avait compris que nous étions déjà demain et que c’était la fin d’un monde.

Il avait compris que la paix et le bonheur qu’il souhaita à la foule, ce matin du 18 août 1969, à Woodstock, que cet idéal impossible auquel une génération avait éperdument aspiré était condamné à mourir.

Il avait compris que les cerfs-volants ne remplaceraient jamais les avions de chasse, que les lucioles de l’innocence s’étaient définitivement éteintes en Italie comme partout ailleurs, et que l’espoir (à qui la tradition, c’est mauvais signe, donne la couleur de l’épinard), que l’espoir d’une dignité partagée dans un monde meilleur avait pris l’eau de toutes parts jusqu’à puer la vase.

Il avait compris que la Beat Generation était morte avec Neal Cassady, retrouvé gisant, sous la pluie, comme un chien, le 4 février 1968, au bord d’une sinistre voie de chemin de fer, ses rêves utopiques enfoncés dans la boue.

Et si tout nom porte, paraît-il, un sens, on peut avancer que le nom de Hendrix, qui sonne comme Matrix, fut à la fois l’emblème de cet idéal naufragé et l’annonciateur d’un monde qui n’en était alors qu’à son commencement, un monde futuriste, beaucoup plus fauve et inhumain que le précédent, et devant lequel mieux valait s’étourdir avant qu’il n’impose définitivement son règne. » Extrait de Hymne, de Lydie Salvayre (Seuil)

(via Zoë Lucider)

Même si la beauté du chant hendrixien n’a pas arrêté le désastre, la force et la vibration du texte de Lydie Salvayre est à même de nous donner des forces pour supporter et affronter le monde en expansion constante des managers.

 

Star Spangled Banner (Woodstock) 1969

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5 commentaires pour « Hendrix annonça ce monde à venir »

  1. journaldejane dit :

    Démolir Chevillard ? Il n’est pas mauvais, comme écrivain. J’ai même cru à un moment que j’allais en faire un de mes favoris catégorie « made in france », c’est dire. Il s’en serait fallu de peu pour qu’il me plaise complètement. Il aurait suffit, justement, qu’il soit un peu plus rock n’ roll. Mais il en est totalement incapable, ça se voit tout de suite à ce ton qu’il prend (et qui m’indispose). C’est toute la différence avec Lydie Salvayre, à priori assez éloignée du rock (ce qu’elle reconnait d’ailleurs), mais qui prend le sujet totalement au sérieux – et du coup, écrit un de ses meilleurs livres.

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  2. Elvis Ze Costello dit :

    C’est pas fantastiquement écrit, mais ça a du sens. Mais c’est notre monde qui s’enfuit, et s’envole notre optimisme

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  3. journaldejane dit :

    Si ça continue comme ça, il va devenir difficile de ne pas finir en vieux cons et connes nostalgiques 😉

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  4. Zoë Lucider dit :

    On n’est pas nostalgique parce qu’on écoute Mozart! Le génie est intemporel. Acte de bravoure artistique de Jimi,dont l’onde est encore extrème. Lydie avec son habituel talent et fougue nous redonne la chair de poule et c’est bon.
    Quant à Chevillard, c’est un grand écrivain. Il a le droit de ne pas être rock’n’roll, il est né en milieu hostile à l’influence et passé un certain âge, c’est irrécupérable 🙂

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  5. Sophie K. dit :

    Meuh non. On est plus jeunes que ceux qui nous suivent, en fait. (Et que ceux qui nous précèdent, a fortiori.) N’oublions pas Jankélévitch et son ironie, tiens. Et les managers, on va les cuire et les bouffer.

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