La frénésie de la prose

Je n’aime pas l’expression « objet littéraire non identifié ». Donc, La spirale de la parole est un texte très identifiable – surtout si l’on retient comme critère le refus des normes éditoriales en vigueur.  D’ailleurs, en le lisant, on découvre que Guillaume Bergon propose des descriptions lumineuses du texte lui-même. En voici quelques-unes : « une phrase aphasique, une prose schizophrénique » ; « un idiome extralucide, une mélodie translucide » ;  ou bien « l’explosion  de la phrase, la frénésie de la prose » ; ou encore « des images magnétiques et magnifiques ». Disparition du verbe, sens de la formule, renversement dialectique qui affleure, rythmique et diction implacables. Si La spirale de la parole n’était que ça, une sorte d’incantation chamanique perturbant en profondeur les repères du lecteur dans sa manière d’habiter le langage, ce serait déjà un livre remarquable. Mais tout bascule vers le dernier tiers.  Nous nous retrouvons soudain à côté de l’auteur, partageant  son combat avec les mots, ses doutes, ses interrogations et ses illuminations ; au plus près de l’expérience littéraire qui a produit les phrases qui précèdent.

Qu’un éditeur prenne aujourd’hui le risque de publier un tel livre, dans le contexte aseptisé et formaté que nous connaissons, devrait susciter une légitime curiosité et déclencher une visite dans l’une ou l’autre des librairies listées sur le site de Caméras Animales (ou à défaut, la rédaction d’un bon de commande). Ainsi, dans le futur, vous pourrez dire à vos enfants tout en les regardant bien dans les yeux : « En 2011, je n’ai pas raté le livre de Bergon ».

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4 commentaires pour La frénésie de la prose

  1. Bouvachon Nicolas dit :

    Je m’excuse de demander des précisions sur ce qui paraît ne faire aucun doute sémantique, mais ça veut dire quoi « une phrase aphasique, une prose schizophrénique » ? Et pourtant j’ai bien lu Bergson sur les aphasies et je connais la schizophrénie de près mais je ne voit aucun lien avec la littérature…

    • journaldejane dit :

      ça veut dire quoi, quoi ?

      • Bouvachon Nicolas dit :

        Comment ça ? Vous assumer les propos de Guillaume Bergon que vous qualifiez même de « lumineux » et vous n’êtes pas capable de les commenter… Je voudrait savoir ce que c’est qu' »une prose schizophrénique » et « une phrase aphasique »… Ca me paraît, pour le moins, des plus obscur… Si tant est que l’obscurité en littérature est une qualité…

      • journaldejane dit :

        Ah ok. A vrai dire, j’avais un peu deviné mais je voulais m’assurer que c’était bien là que ça coinçait. Que dire ? Il ne s’agit plus de « commenter » les mots cités. C’est le principe même de la prose poétique qu’il faudrait justifier. Sorry, mais pas ce soir (ni un autre jour, je le crains). Si ces quelques citations vous troublent et soulèvent chez vous ce genre de question, il vaudrait peut-être mieux arrêter là et éviter par tous les moyens le livre de Bergon ; ou alors peut-être le dévorer en une nuit. Le remède est brutal, certes, mais si ça marchait, vous découvririez certainement des beautés insoupçonnées. Essayez également Annie Le Brun. Fin de la prescription.

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